ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Cela ne fait même pas une semaine que nous sommes en carême que déjà nous pouvons être tentés d’abandonner, comme on serait tenté de ne pas traverser un désert en plein canicule…

Or, le Carême, c’est justement cela ! Passer quarante jours comme le Christ au désert, ou plutôt, accepter que le Christ passe son temps dans notre désert, comme le dit l’Evangile, « parmi les bêtes sauvages » ! Mais non pas celles qui sont autour de nous mais en nous !

Vous savez ce côté bestial, toutes ces bêtes sauvages, grosses ou petites, que nous avons tous en nous, que nous avons du mal à approcher, à apprivoiser, qui rugissent tellement fort qu’elles nous dévorent en nous faisant croire que nous ne sommes pas des êtres humains mais des bêtes sauvages et qui nous poussent agir comme elles !

Quand par exemple, on laisse régner en nous l’envie féroce de tout envoyer balader : les cours, les parents, les gens de notre promo, notre stage voire même parfois notre aumônier… quand au lieu d’écouter nos pulsions, on les enfouit, quand au lieu de chercher à les ordonner et les harmoniser, on les laisse faire n’importe quoi, ne sachant plus alors comment unir toutes les composantes de notre humanité (cœur, corps, esprit) sans rejeter aucune d’entre elles.

On entend alors la bête sauvage rugir en nous et nous détruire quand on se sent aussi poussé à ne plus vouloir prier, quand on se ferme à Dieu et aux autres, quand on refuse de l’aide, quand par exemple pour la prière, on se dit « c’est trop difficile », pire quand je me dis « je suis trop indigne aux yeux de Dieu ».

Alors, si tu cherchais un effort de Carême, voilà celui que te propose l’Evangile : #balancetesbêtessauvages ! Ou plutôt, #balanceJésusdanstesbêtessauvages. C’est peut-être fort comme expression mais c’est ce que dit l’Evangile ! « L’Esprit le pousse au désert ». Le terme exact est même plus violent « L’Esprit le jette, l’expulse dans le désert ».

Ne nous trompons pas alors de désert en ce début de carême. Nous risquerions de nous perdre et d’y perdre notre vie… Efforçons nous de laisser le Christ vivre au milieu de toutes ces bêtes sauvages ! Plus nous chercherons à les lui cacher pour faire bonne figure, plus elles trouveront le moyen de se jeter sur nous pour défigurer à nos yeux notre propre humanité mais aussi et surtout Dieu lui-même !

Si toi, tu n’arrives pas à vivre avec ces bêtes sauvages, lui, il le peut ! « Jésus vivait au milieu des bêtes ». Le verbe vivre nous fait comprendre que Jésus mène sans doute une lutte féroce avec elles, mais pas pour les abattre, pour les apprivoiser et nous permettre de vivre avec.

Si Jésus y parvient, c’est parce qu’il est bien évidemment animé par l’Esprit de Dieu mais c’est aussi parce qu’il accepte de se laisser servir par les anges ! Oui, Jésus y est arrivé, car il a accepté de l’aide !

C’est sans doute pour nous un appel encore plus fort pour le Carême ! Non pas chercher à devenir comme un ange, ce qui peut être une tentation ! Rappelons ce que disait le philosophe Pascal, « qui fait l’ange fait la bête ! »

Vouloir faire l’ange, c’est se faire la proie de nos bêtes sauvages ! Ce serait un péché grave car nous raterions la cible ! En hébreu, pécher se dit « rater sa cible » !

Si nous, créatures humaines, il nous arrive, avouons-le, de rater notre cible, Dieu, le créateur, lui, vise juste !

La Bible nous dit dans la première lecture d’aujourd’hui que Dieu a tendu un arc au milieu des nuages comme signe de son alliance avec nous. S’il a tendu un arc en ciel, c’est pour lancer sur la terre une flèche ! Quelle est-elle ? Une flèche pour nous tuer ? Surtout pas ! Il le dit lui-même « aucun être de chair ne sera plus détruit ».

Rien à craindre de « la flèche qui vole au grand jour » (Ps 90). La flèche que Dieu nous lance, c’est Jésus qui perce le mystère de notre humanité en plein jour, non pas à côté mais au cœur de notre humanité pour nous montrer justement que l’être humain, c’est à la fois celui qui vit parmi les bêtes sauvages et qui se laisse servir par les anges !

Que Jésus nous libère du piège d’être comme des bêtes ou comme des anges. Qu’il nous aide à repérer quelles sont nos bêtes et qui sont nos anges. Qu’il nous aide à ne pas fuir ce que nous sommes ni ce qu’il est. Qu’il nous aide à reconnaître qu’il est en nous et nous en lui !

N’est-ce pas cela finalement le Carême ? Voir l’invisible pour vivre libre.

Père Arnaud Franc

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