ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

L’avent, c’est maintenant. Oui, je sais, vous vous en êtes rendu compte. Les prêtres sont en violet, il n’y a pas de gloire à Dieu, et donc il faut arriver un peu plus tôt que d'habitude pour ne pas louper la première lecture, et la paroisse étudiante a édité un petit carnet d’avent très bien fait pour vous aider à vous rapprocher du Seigneur pendant tout ce temps.

Mais ce que je voulais dire, ce n'est pas ce que vous savez déjà : c’est que l’avent, c’est toute notre vie, au moins jusqu’à aujourd’hui. L’Avent, avec un e : le temps qui nous sépare de l’ADVENTVS, celui qui doit venir : le Christ.

Osons-nous penser cela ? En tous cas nous le chantons à chaque eucharistie : « nous attendons ta venue dans la gloire ». Alors c’est vrai, ou c’est juste une formule de politesse, comme quand on écrit « salutations distinguées » parce qu’on sait que « bye bye », ça passerait mal quand on écrit à son chef ?

Osons-nous croire et espérer que le Christ viendra de nouveau ? J’espère que oui, sinon notre foi perd sa boussole.

Ré-entendons Isaïe. Si j’avais osé, j’aurais fait lire la lecture à deux voix. Car le texte qui nous était proposé est un dialogue entre le Messie et Jérusalem.

Le Messie annonce sa venue : « Le Seigneur m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance » ; et Jérusalem répond, joyeuse de cette annonce : « Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu ».

Cette annonce du Messie qu’avait faite Isaïe quelques siècles auparavant, Jésus la reprend à son compte, lorsqu’il commence sa prédication : dans la synagogue de Nazareth, il cite ce passage d’Isaïe et dit à la foule médusée : « cette parole c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».

Et c’est Marie qui répond, presque avec les mêmes mots que Jérusalem, bouleversée de cette venue dont elle est le premier témoin : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon sauveur ».

Et aujourd’hui, nous entendons ces mêmes paroles d’Isaïe : elles annoncent, pour nous, la venue du Seigneur, et elles nous invitent à notre tour, à exulter de joie.

C’est ce que dit l’apôtre Paul, dans sa lettre aux Thessaloniciens : « soyez toujours dans la joie ».

Que veut-il dire ? Faut-il toujours se prétendre joyeux, même quand on ne l’est pas ? Faut-il faire taire nos détresses au nom d’une joie plus grande ?

Non bien sûr, il y a des moments où la tristesse nous gagne : elle gagne l’homme, l’étudiant, et parfois même le prêtre, qui a le sentiment de s’être fatigué pour rien ; elle a gagné Paul devant ses propres faiblesses, et devant l’incroyance de ses frères de race ; elle a gagné Jésus devant la mort de son ami Lazare, devant la fermeture de cœur de Jérusalem, et devant la croix qui s’annonçait.

Mais il s’agit de nous laisser orienter par cet axe qui traverse toute l’histoire des hommes, et chacune de nos histoires familiales et individuelles : le Christ est venu ; il viendra de nouveau dans la gloire. Cet axe qui va du passé vers le futur, donne sens à toute l’histoire. Il forme une boussole, la boussole de la joie.

Là où la tentation dit qu’« aujourd’hui sera comme hier », que les péchés d’autrefois nous poursuivront et se répéteront de génération en génération sans issue possible, que l’homme ne sera jamais autre chose qu’un loup pour l’homme, le Christ nous dit : « aujourd’hui est pour demain ».

La vérité de ta vie, et celle de l'histoire de l'humanité, n’est pas derrière nous, elle est devant nous, tu la trouveras dans cette promesse de Dieu : « le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange ».

Alors, s’il le faut, pleure sur ce qui a été ; mais ensuite, réjouis-toi de ce qui est promis pour toi et pour toute la création.

Cette promesse constitue une boussole pour ton être tout entier, ton esprit, ton corps, ton âme : oriente-toi selon cette boussole de la joie, vers la venue de notre Seigneur, pour que tu y puises ton espérance et ta force : il est fidèle, celui qui t’appelle, ce qu’il a dit, il le fera.

Mais de ton côté, que s’agit-il de faire ? Il s’agit, comme dit le poète, d’entonner un chant d’espérance dans ce monde sauvé, et qui attend sa gloire.

Tu peux dire, comme Jean le Baptiste, « je ne suis pas le Christ », et tu as raison. Tu peux même dire comme Jean, à propos du Christ, « je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales », et tu as raison aussi.

Mais tu peux, comme Jean, et même davantage que lui, être une voix qui l’annonce et qui prépare sa venue.

Parce que, et c’est Jésus qui le dit, tu es plus grand que Jean le Baptiste. Jésus a dit : le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui. Toi par ton baptême, déjà tu es entré dans le Royaume.

Tu es sauvé, et tu attends ta gloire.

Tu es sauvé : dans sa passion, Jésus a vaincu le péché, en ne cédant pas à la tentation de haïr ceux qui le crucifiaient, ou à celle de se couper d’un Dieu qui semblait l’abandonner ; et dès lors, la tentation est vaincue ; dans sa résurrection, il a vaincu la mort et, plus encore, la peur de la mort qui nous tenait en esclavage ; il a vaincu toute tentation de désespérer en donnant à notre histoire cet axe qui illumine notre avenir.

Jésus est venu, est mort et ressuscité, et tu es sauvé ; il reviendra dans sa gloire, et cela sera manifesté.

Maintenant, c’est l’avent jusqu’au retour du Christ, mais cet avent est déjà coloré, pour toujours, par le temps pascal : le violet de l’avent s’éclaircit du blanc du temps pascal pour signifier cette joie qui commence à poindre ;

la nuit où Jésus est né pour épouser notre histoire, nuit que nous fêterons bientôt, révèle tout son sens lorsqu’on la met en regard de la nuit où Jésus, premier né d’entre les morts, accomplit cette promesse : « toute chair verra le salut de Dieu ».

Alors toi qui es sauvé, tu es un autre Christ. Qui rendra présent le Christ aux hommes d’aujourd’hui si tu ne le fais pas ?

Laisse toi remplir, tout entier, ton corps jusque dans ses larmes, ton âme jusque dans ses tristesses et ses péchés, ton esprit, jusque dans ses doutes, par cette joie qui ne peut venir que de Lui ; et à ton tour, prie ton Père pour qu’émane de toi cette lumière joyeuse qui vient de lui, et que cette lumière se diffuse autour de toi.

Le monde, ou ton monde intérieur, parfois, te paraissent désertiques, hostiles ?

Ce monde, Dieu l’a tant aimé qu’il lui a donné son Fils ;

Dans ce désert, murmure, crie ou chante les mots de ta joie de croire, car cette parole, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Amen.

Père Dominique Degoul

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