ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Le Christ est un roi. Mais de quel genre de roi s’agit-il ? Quand nous pensons à un roi, nous pensons à quelqu’un qui légifère, qui gouverne et qui juge ; nous pensons à quelqu’un qui porte une couronne d’or et qui vit dans un palais ; nous pensons à quelqu’un qui part en guerre avec ses armées, et dont il faut ensuite chanter les victoires.

Le Christ est roi, mais quel drôle de roi ! Il nait dans une étable, vit sur les routes, et meurt sur une croix, couronné d’épines ; roi humble, sans palais ni armée ; roi victorieux, mais sa victoire la plus éclatante, son triomphe sur la mort, se déroule un petit matin dans une province perdue de l’immense empire romain avec pour seuls témoins quelques femmes qui ont peur, et quelques disciples qui doutent – je n’invente pas, c’est dans la finale de l’évangile selon saint Matthieu.

Notre roi est un berger attentif qui prend soin de chacune de ses brebis ; un roi qui s’identifie au plus humble de ses sujets ; un roi qui ne gouverne chacun de nous que par la douceur de sa parole ; un roi en mission qui appelle à travailler avec lui.

Jésus est un berger attentif qui prend soin de chacune de ses brebis, une par une. Il cherche celle qui est perdue, ramène celle qui est égarée, soigne celle qui est blessée, donne des forces à celle qui est faible. Ce n’est pas un roi qui lance ses troupes dans la bataille en se souciant peu d’y laisser les fameux 7% de pertes. Chacune de ses brebis compte, et chacune peut dire « le Seigneur est mon berger » ; chacune – chacun de nous – lorsqu’il traverse les angoisses et les ravins de la mort, peut éprouver la présence du roi comme celle d’un bâton qui guide et rassure ; chacun de nous est appelé par son nom, et c’est à cette voix que nous le reconnaissons.

Alors, ayons confiance dans ce berger. Il ne s’agit pas de professer un optimisme naïf qui nous ferait croire qu’être chrétien nous protège des difficultés de la vie – l’illusion ne tiendrait pas longtemps. Mais ayons une confiance profonde dans notre maître et ami, une confiance qui nous fait lui dire : « tu es avec moi, ton bâton me guide, j’habiterai la maison du Seigneur toute ma vie ».

Jésus est un roi humilié qui s’identifie au plus humble de ses sujets :

le pauvre, l’étranger, le malade, le prisonnier. « Quand est-ce que nous t’avons vu pauvre, malade, en prison, et que nous t’avons fait du bien ? Quand vous l’avez fait à un de ces petits qui sont les miens… ».

Le roi dit « si un de mes sujets souffre, c’est moi qui souffre. ».

Alors, sans vouloir par moi-même résoudre la question de la pauvreté dans le monde, il ne s’agit pas de cela pour l’instant, quelles occasions, même petites, est-ce que je me donne de rencontrer des gens réellement en difficulté, et de me tourner vers eux ?

Oh, j’aurai sans doute du mal à reconnaître le Christ dans l’adolescent instable que j’essaie d’aider à faire ses devoirs, dans le prisonnier que je visite et dont je sais qu’il est là hélas pour de très bonnes raisons, dans le demandeur d’asile qui ne parle qu’une langue incompréhensible, ou dans le sdf à demi fou qui me signifie nettement que ma visite le dérange. Mais, comme les personnages de la parabole, je serai sans doute étonné, plus tard d’entendre le Christ me dire « c’était moi qui souffrais avec eux ; c’est moi aussi que tu es venu visiter ».

Cela m’amène à mon troisième point : Jésus est un roi qui ne gouverne chacun de nous que par la douceur d’une parole qui nous visite, nous guérit et nous fait grandir.

Nous, nous rêverions de deux choses : nous rêvons que Jésus, le roi de l’univers, vienne mettre un grand coup de balai, pour chasser les méchants, ou au moins les convertir, une fois pour toute. Les apôtres demandaient déjà à Jésus après sa résurrection « quand vas-tu rétablir le royaume en Israël ? ». Mais le Roi de l’univers ne se prend pas pour le maître du monde.

A défaut, nous rêverions qu’il fasse la même chose dans notre tête : toutes ces incohérences que j’ai en moi, qui parfois me font vraiment peur, ou me dégoûtent, cette part de moi-même dont je me détourne, parce qu’elle n’est pas conforme à mon idéal du bon chrétien … et si nous pouvions entendre que peut-être, c’est précisément par là que le Seigneur veut nous parler ? Et si ce lieu de pauvreté intérieure qui nous humilie et que nous voudrions mettre en dehors de nos vies était précisément ce lieu où le roi humilié se reconnait chez lui ? Et si le lieu où nous sommes fêlés était le lieu par où passait sa lumière ? Et si cette part de moi qui est malade, nue, affamée et en prison, était celle qu’il préfère, comme on préfère souvent, dans une famille, l’enfant malade ou l’enfant difficile, parce qu’il demande plus de sollicitude ? Cette part de moi au service de laquelle il vient se mettre, roi à genou devant mes blessures, dépouillé de son manteau, revêtu d’un simple linge pour me laver les pieds ?

Enfin, Jésus est un roi en mission ; il m’appelle à travailler avec lui. Nous somme, nous dit Paul, dans un temps qui a commencé avec la résurrection du Christ, et qui s’achèvera lorsque toutes les puissances du mal auront été détruites, et même la puissance de la mort. Jusqu’à ce moment ; le Christ est à l’œuvre, il est au travail pour aller chercher chacune des brebis. Si j’ai éprouvé le bienfait d’avoir Jésus comme berger, alors le désir peut naître en moi de me mettre au service de sa mission.

Toi qui es ici, que désires-tu faire pour que grandisse la gloire de Dieu, Ad maiorem Dei gloriam, selon l’expression de St Ignace ? Tu vois des urgences dans la vie de ta ville, de ton pays, de notre monde, de notre Eglise : auxquelles es-tu particulièrement sensible pour te dire : si Dieu me veut là, je le veux aussi ? Dans quel état de vie trouveras-tu de quoi donner toute ta mesure au service de sa divine majesté ? Que donneras-tu de toi-même pour collaborer à cette œuvre que le Fils veut achever ?

Comme dit le chant, Si le Père vous appelle à aimer comme il vous aime, dans le feu de son Esprit, Bienheureux êtes vous ! Si le monde vous appelle à lui rendre une espérance à lui dire son salut Bienheureux êtes vous ! Si l’Eglise vous appelle à tenir dans la prière, au service des pécheurs, Bienheureux êtes vous !

Au moment où le retraitant commence à penser à son avenir, Ignace propose de demander la grâce suivante, et c’est celle que je nous souhaite : Seigneur, que je ne sois pas sourd à ton appel, mais prompt et diligent à accomplir ta sainte volonté. Amen.

Père Dominique Degoul

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