ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de marié qui arrive au milieu de la nuit… peut-être qu’on pourrait commencer par rappeler un peu comment se passait un mariage juif au temps de Jésus pour comprendre cette parabole, pour comprendre ce que Jésus veut nous dire ici.

Le mariage se passait en deux moments : il y a d’abord la conclusion qu’on pourrait dire « juridique » du mariage. Quand les deux familles se sont mises d’accord, quand l’époux et l’épouse acceptent de s’engager, on signe le contrat de mariage et on échange les cadeaux qui montrent l’engagement. À partir de ce moment-là, ils sont bien engagés l’un envers l’autre, mais la vie commune ne commence pas tout de suite, ils habitent encore chacun de leur côté pendant quelques mois. C’est pour cela que parfois on appelle cette première étape « fiançailles », mais ce n’est pas les fiançailles que nous connaissons puisqu’il y a bien déjà un engagement pour la vie.

Les époux sont alors engagés l’un envers l’autre pour toute la vie, mais, ils ne s’unissent pas encore, car, pour cela il faut être prêts. L’époux va donc préparer un lieu où le nouveau foyer pourra s’installer. Il va, par exemple, construire une maison, mais aussi rassembler ce qui est nécessaire pour subvenir aux besoins de son épouse et de lui-même (une cuisinière, une machine à laver, un moule à gaufres…). L’épouse, elle, va préparer son trousseau. Et l’un et l’autre vont surtout préparer leur cœur à cette union. Puis, quand tout est prêt peut avoir lieu la deuxième étape : la conclusion qu’on pourrait dire « effective » du mariage, le début de la vie commune.

C’est à ce moment-là, un soir, que l’époux arrive. Quand il est annoncé, au cri de « Voici l’époux qui vient ! », l’épouse va se faire belle, le village va préparer la fête et l’époux va être conduit – notamment par les amies de la mariée qui l’attendent avec leur lampes – jusqu’à la salle des noces où les époux sont donnés l’un à l’autre et bénis.

À quoi cela correspond-il ? L’époux qui vient, c’est le Christ Jésus, lui qui a signé le contrat de mariage avec l’humanité avec le sang de son offrande sur la Croix. Il est bien déjà notre époux, mais pourtant l’union avec lui n’est pas encore toute consommée, nous sommes dans cet entre-deux-temps : Nous savons son amour (il nous en a donné la preuve, il nous a déjà donné les premiers cadeaux de sa grâce), mais nous attendons encore mieux, nous attendons d’être pleinement réunis à lui. Nous ne sommes pas seulement ces amies de la mariée qui se réjouissent de sa joie à venir, mais aussi nos âmes épousées par Dieu attendent de lui être unies.

Cet état d’attente, c’est une des caractéristiques de ce temps entre la mort du Christ et son retour dans la gloire. Nous sommes dans une certaine nuit où il est nécessaire d’avoir la lampe de la vie chrétienne alimentée par l’huile de ses grâces : les sacrements à recevoir jour après jour, la méditation de la parole de Dieu, les efforts qu’on fait sur soi-même pour être meilleur, les actes d’amour envers les prochains… voilà ce qui constitue cette huile dont nous avons besoin sans cesse de refaire provision en recommençant les mêmes actes : aujourd’hui encore, prier, aimer et servir. Aujourd’hui encore, chercher à mieux connaître Dieu. Voilà ce que c’est que veiller pour être prêt quel que soit le moment où Jésus se présentera. Si je suis en train de le chercher par mes actes, le cri « Voici l’époux qui vient ! » me trouvera prêt, avec comme juste un dernier coup de peigne à donner, un revers de veston à épousseter, un nœud papillon à nouer pour l’accueillir et participer à cette fête des noces.

Et à quoi ressemble la vierge insensée ? Elle a aussi commencé sa vie chrétienne, elle a posé des actes puisqu’elle a une lampe qui peut briller. Sans doute, elle prie ; sans doute, elle lit parfois la Bible, ou en tout cas elle écoute l’homélie quand elle va à la messe ; sans doute, il lui arrive de servir. Mais c’est comme par intermittence. Ce n’est pas ce qui donne une colonne vertébrale à toute sa vie. C’est un peu comme si elle se réservait. Elle se dit qu’au moment venu, quand l’époux sera là, elle saura bien se dépatouiller. Pas besoin de tout convertir dès maintenant, ce qui comptera ce sera de se convertir au bon moment, quand Jésus sera là, ou quand elle sera sur le point de mourir… D’une certaine façon, les vierges insensées de la parabole dépendent de l’huile des autres. Plutôt que d’essayer de méditer elles-mêmes, elles ne vont que lire les méditations des autres. Plutôt que se convertir, elles vont écouter les récits des conversions et les beaux services des autres.

Voilà bien ce que Jésus veut que tu évites. Ce qu’il a envie, c’est que tu vives ta vie chrétienne par toi-même et sans réserve, que tu ne sois pas juste le minimum, mais au taquet pour le chercher et le désirer. Il attend cela pour te faire entrer dans la salle des noces où tu seras plus qu’un invité, puisque c’est avec ton âme qu’il veut s’unir.

Frère Timothée Lagabrielle

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