ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

 

 

Les textes bibliques de ce soir nous parlent de notre relation avec Dieu. Le passage de l'évangile de Luc qui a été proclamé fait suite immédiatement à ce moment extraordinaire où Jésus apprend à ses disciples à prier et leur enseigne les mots du Notre Père. Beau-coup d'entre nous connaissent par cœur cette prière. Nous y sommes tellement habitués que peut-être ne réalisons-nous pas toujours bien ce qu'il y a d'extraordinaire à appeler Dieu "notre Père".

Dieu est un Père bienveillant : "quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scor-pion quand il demande un œuf ? Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !"

Dieu veut nous donner sans cesse l'Esprit Saint, c'est-à-dire qu'il veut que la vie di-vine pénètre nos cœurs et les transforme. Notre liberté elle-même a été créée pour que nous accueillons l'Esprit Saint et que notre personnalité en soit boostée et purifiée.

Mais il se peut que, par moments, nous soyons comme ces hommes dont parle le prophète Malachie et qui disent : "servir Dieu n'a pas de sens. A quoi bon garder ses ob-servances, mener une vie sans joie en présence du Seigneur ?" Le monde va mal et on se sent impuissant à le transformer. A quoi bon ? Partout autour de nous, dans notre poche ou dans le creux de notre main, nous avons des messages excitants qui promettent le bonheur, la facilité, la joie ou même la jouissance "et c'est comme ça qu'on s'aime... et c'est comme ça consomme" chante Stromae sur un air de Bizet revisité : "l'amour est comme l'oiseau de twitter, on est bleu de lui seulement pour quarante-huit heures". Ce clip raille amèrement la société du déchet dont parle souvent notre pape François. Il met bien en évidence que nous désirons tous des joies plus profondes et des amours plus au-thentiques. Mais la séduction de la facilité est là et nous devons apprendre à résister aux sirènes de la consommation.

Pourtant, est-ce que cela a un sens de suivre les commandements de Dieu ? Est-ce vraiment libérateur ? Est-ce que la vie chrétienne n'est pas plutôt un éteignoir de toutes les joies et de tous les plaisirs ? Il me semble que la question citée dans la Bible "à quoi bon ?" "A quoi bon une vie sans joie en présence du Seigneur ?" est la question de beau-coup de nos contemporains. Peut-être est-ce ta question ? (...) Il y a des jours où prier Dieu notre Père et méditer ses paroles est source de joie. Il y a des jours où participer à un groupe d'approfondissement de notre foi est génial et encourageant. Il y a des mo-ments où l'on trouve du sens dans l'Évangile, où la vie chrétienne rend facilement heu-reux (pendant les JMJ, lors d'un pèlerinage, un soir de veillée d'adoration où un senti-ment profond de communion se dégage et saisit tout le monde). Mais il y a aussi des temps faibles, des moments où la foi conduit à des renoncements douloureux, où nous-mêmes sommes fatigués et... j'ai pô envie... Et alors là : "à quoi bon une vie sans joie en présence du Seigneur". ... et toutes les mauvaises habitudes ressortent... on se dit qu'après tout, il y a bien des gens heureux depuis des siècles qui n'ont pas connu Jésus-Christ ni les vertus, ni la prière, ni les textes bibliques, ni l'ambiance parfois bien molle de certaines communautés paroissiales... Alors peut-être est-ce le moment de relire par exemple ce que dit le prophète Malachie à propos de ces hommes qui peinent à trouver leur joie en Dieu mais qui lui restent tout de même fidèles. Il dit que Dieu aime ces gens de façon personnelle, comme "son domaine particulier". "Je serai indulgent envers eux, comme un homme est indulgent envers son fils qui le sert fidèlement". Dieu est notre Père. La prière du Notre Père est une prière toujours savoureuse. Elle ne s'use pas en quarante-huit heures. Elle est inusable. Nous pouvons la répéter chaque jour et nous y accrocher. Nous pouvons demander sans cesse l'Esprit Saint au Seigneur et être sûrs qu'il nous le donnera car il est un Père bienveillant pour nous.

L'image de Dieu comme un Père peut être faussée à nos yeux, surtout si nous n'avons pas ou pas trop bien expérimenté l'amour humain d'un père. Pourtant, il existe toujours, caché peut-être au fond de nous, ce besoin profond d'être aimés comme des fils privilégiés, d'être "le domaine particulier" de notre Père du ciel.

Jésus, pour nous aider à comprendre la bienveillance paternelle autrement que comme une paternité qui serait écrasante ou castratrice, propose le modèle de l'amitié. Il raconte la parabole de cet ami qui vient réclamer du pain à son ami en pleine nuit.

En ce temps-là, les maisons n'avaient souvent qu'une seule pièce, pas très grande, et tout le monde dormait sur le sol ; le père de famille en travers de la porte, pas trop her-métique mais fermée de façon compliquée avec des barres en travers, pour la sécurité. Le père était couché devant la porte pour protéger sa famille. Puis, les enfants étaient cou-chés, côte à côte ; et enfin, la maman, près de la réserve de nourriture. Pour le père, se lever pour aller chercher du pain, c'était réveiller tous les enfants en enjambant leurs corps et sans doute aussi déranger son épouse, remuer la vaisselle pour trouver où elle avait bien pu ranger ses restes de pain... bref, cet ami qui vient demander de l'aide va mettre le bazar dans une maison bien paisible où tout le monde vient de s'endormir.

Mais Jésus nous dit que Dieu est un Père et qu'il ne faut pas avoir peur de déran-ger. Il faut se comporter avec lui sans gêne. Dieu ne nous retirera pas son amitié si nous l'obligeons à bouleverser ses plans ou le bon ordre de sa maison. "Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira". Dieu est comme ça, il veut qu'on le dérange. Notre amitié lui est précieuse, il nous autorise à une certaine familiarité avec Lui, du moment que nous ne méprisons pas ses paroles et que nous prenons au sérieux ses commandements. Nous n'avons pas besoin d'être déjà des saints pour être des amis de Dieu. Il est notre Père, de toute façon. Si nous ne savons pas comment trou-ver de la joie auprès du Seigneur ; si, parfois, la prière nous ennuie... "pas motivé..." rap-pelons-nous une chose importante : Dieu, Lui, ne s'ennuie jamais en notre présence. Le premier motif de le prier, c'est que cela Le remplit de joie. Nous sommes son domaine par-ticulier. Nous sommes ses amis. Il est prêt à tout bouleverser par amour pour nous. N'ayons pas peur de nous adresser à Lui, ou même, simplement, de passer du temps en sa présence, en silence, parce que cela lui fait plaisir à Lui. Si nous savons faire cela, nous saurons aussi nous montrer vraiment amicaux avec les autres et aimer en vérité, gratuitement. Nous serons peu à peu tellement remplis de l'Esprit de Dieu que nous pourrons surmonter très facilement notre égoïsme et ne pas être prisonniers de la société du déchet qui prend et qui jette. La fidélité envers Dieu n'est pas seulement une école de fidélité envers les autres, mais surtout, c'est une force. (...) Dieu recharge nos batteries affectives et nous ouvre le cœur sans cesse davantage. (...)

Chers amis, nous célébrons ce soir la messe de rentrée des étudiants. Cela veut dire que nous sommes au début d'une année de travail, d'apprentissage, de recherche et aussi de vie collective car les études passent aussi par le partage fraternel et la conviviali-té estudiantine. Seul, on n'apprend pas de la même manière que collectivement. La fra-ternité étudiante n'est pas toujours facile pour autant dans la mesure où c'est une expé-rience de grand brassage culturel, de rencontres plus ou moins amicales, de découverte du meilleur et du pire et donc, d'épreuve, de tentations, mais aussi d'émerveillement, de séductions, d'épanouissement. N'oubliez jamais pendant cette année d'études que vous n'êtes pas seuls. Il y a Dieu qui vous aime. C'est un Père qui veut que vous soyez sans gêne avec lui, comme un ami qui n'hésite pas à frapper, même en pleine nuit, pour de-mander du pain. Vous ne contrariez jamais Dieu quand vous vous tournez vers Lui. Au contraire, il vous attend et vous lui donnez de la joie. (...) Sa joie sera votre joie. Une joie inusable.

Alors, chers amis, soyez les témoins de cette joie autour de vous. Le monde dans lequel nous vivons a besoin du rayonnement de votre joie pour progresser dans la dé-couverte commune du sens de la vie humaine. La diversité des cultures, des religions, des histoires et des points de vue traités par vos enseignants est une chance qui va nourrir votre compréhension du monde et vous permettre de voir plus loin que les géné-rations précédentes. Car l'enseignement des maîtres permet aux disciples d'être comme des nains sur des épaules de géants : ils sont plus petits, mais ils voient plus loin.

Avec la guerre, le terrorisme, le saccage de la planète, les pertes de repères du mas-culin et du féminin, les dérapages incontrôlés de monstres financiers, on pourrait être tenté de tirer l'échelle et de dire : à quoi bon étudier, quand nos parents n'ont pas su trou-ver une sagesse crédible dans toutes les connaissances qu'ils ont péniblement acquises pendant de longues années ? La chance de pouvoir étudier ne doit pas être mésestimée. Même si toutes les générations font des erreurs, vous avez l'opportunité de faire progres-ser la sagesse humaine en cherchant à articuler les connaissances positives qui vous sont transmises et le bon sens concret que la foi met en lumière dans vos âmes. Si vous me permettez de vous donner un conseil : laissez-vous guider par la présence paternelle de Dieu et tout ce que vous apprendrez et expérimenterez trouvera peu à peu sa place sous l'influence du Saint-Esprit qui est toujours à l'œuvre dans le monde.

Je crois que les générations qui vous ont précédé ont trop voulu séparer la foi de la connaissance pratique. Elles ont cru que la foi religieuse divisait les hommes et que la connaissance pratique pouvait les réunir. Mais ce n'est pas ce qui se passe. Bien sûr, il est très important de distinguer les différents champs de connaissance (théologique, phi-losophique, cosmologique, technique, etc.) mais il est aussi très important de chercher à unifier le savoir. La foi éclaire tout, sans prendre la place d'aucun autre domaine de con-naissance et de recherche. Les différentes propositions de la pastorale étudiante doivent être des lieux où vous pouvez réfléchir à cela ensemble.

Chercher à unifier les connaissances humaines suppose aussi de respecter la di-versité des chemins spirituels : autour de vous, chacun a son itinéraire, sa religion, sa culture, son histoire. Et cette diversité est la promesse d'un surcroît de sagesse. Aujour-d'hui, toutes sortes d'amis importuns frappent à nos portes pour demander du pain ou autre chose. Dieu le Père leur ouvre sa porte. Si nous ouvrons nous aussi la porte de nos cœurs, même si cela met du bazar, ce ne peut être que la promesse d'un surcroît de fami-liarité avec Dieu et d'un perfectionnement de notre joie.

Dieu est un Père et un ami. Sa paternité et son amitié sont la source de la joie hu-maine. La joie grandit quand elle se partage.

Amen.

Mgr Laurent Camiade - Évêque de Cahors

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