ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Qu’est ce que c’est, faire la volonté de Dieu ? La parabole des deux fils semble dire quelque chose de simple et d’évident : obéir, ce n’est pas seulement dire oui, c’est aussi faire : l’un des deux fils commence par dire oui, mais ne fait pas ; l’autre dit non, mais finalement il accomplit la volonté de son père.

Mais il y a entre eux une différence : celui qui, finalement, a obéi à son père, a eu besoin de temps. Sa première réaction, franche, sincère, était « non » ; puis, il a pris le temps de se repentir. De réfléchir, de revenir sur lui-même. « Pourquoi ai-je répondu non ? Etait-ce justifié ? Ne devrais-je pas agir autrement ? Sans doute que si… Allez, je m’y mets… »

Le second fils, on pourrait dire qu’il a répondu oui à son père sans réfléchir, pour lui faire plaisir. Et puis, on ne sait pas pourquoi, il ne fait pas ce qu’il a dit. Il a oublié ? des amis sont venus le trouver pour aller prendre une bière place St Pierre ? On ne sait pas.

Peut-être, d’une certaine manière, qu’obéir à la volonté de Dieu c’est trop important pour qu’on puisse répondre sans réfléchir.

Il vaut mieux un oui qui prend le temps de germer sous l’apparence d’un non, qu’un oui exprimé trop vite et qui ne tiendra pas plus longtemps qu’une plante aux racines trop peu profondes, qui sèchera au premier coup de chaleur…

D’ailleurs, on verra, dans l’évangile, des moments où Jésus douche les enthousiasmes : « je te suivrai partout où tu iras… le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ». Réfléchis avant de te lancer avec enthousiasme sur une route trop difficile pour toi. Avant de commencer à construire une tour, prend le temps de compter si tu as assez de ressources pour la terminer.

Nous avons des enthousiasmes éphémères et des refus à convertir… et il faut le temps que la parole de Dieu germe en nous, qu’elle grandisse, pour que le oui dit trop vite pour faire plaisir à l’autre devienne un oui fiable, sur lequel les autres pourront compter…

Mais dans nos refus de Dieu, il y a des choses qui nous sautent aux yeux, et que nous avons du mal à supporter. Et bien moi, je vous invite à rendre grâce pour vos défauts et vos refus les plus évidents.

Là, ou bien tu dors, c’est normal pendant l’homélie, ou bien tu ne comprends pas le français, ou bien tu te demandes si je ne déraille pas.

Je répète : moi, je t’invite à rendre grâce pour tes défauts et tes refus de Dieu les plus évidents.

Réécoute la deuxième moitié de notre évangile. Jésus s’adresse aux grands prêtres et aux anciens du peuple ; et il vient leur dire « les prostituées et les publicains entrent avant vous dans le Royaume ».

Ces femmes qui semblent avoir perdu le respect de leur corps, ces hommes qui mettent leur rapacité au service du pouvoir occupant en se servant au passage, les voilà donnés en exemple ! Est-ce que cela nous invite à vivre comme eux ces expériences déshumanisantes de la prostitution ou de la corruption ? Non, bien sûr.

Mais avouons que c’est assez violent pour les auditeurs de leur dire « les prostituées et les publicains sont en train de vus passer devant », d’autant plus violent que Jésus ne dit pas cela sur le ton de la menace, « si vous continuez, les prostituées vont passer avant vous », il le dit au présent de l’indicatif : ils entrent, maintenant, avant vous, dans le Royaume. Jésus ne menace pas, il constate.

Il constate que, quand Jean le Baptiste a parlé, ils ont entendu l’appel à la justice qu’il lançait, ils y ont cru, et ils ont commencé à changer de vie. Et les grands prêtres, non. « Vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole », dit Jésus.

« Vous ne vous êtes pas repentis » ? Mais de quoi auraient-ils eu à se repentir ? Ce sont des gens bien, les grand prêtres, il observent la Loi, ses prescriptions juridiques, alimentaires, alcooliques, sexuelles, liturgiques… de quoi peuvent-ils bien avoir à se repentir ?

C’est là leur drame. Tout homme est pécheur, mais les gens qui se croient des gens bien l’ignorent. Et ils s’enferment, en l’ignorant, dans leur orgueil : « eux, mauvais. Moi, bien ». Ils disent comme le pharisien de la parabole, « je te rends grâce, Seigneur, parce que je ne suis pas comme celui-là, qui boit trop, qui couche avec n’importe qui, qui triche aux examens… ». Toi aussi, n’en doute pas, tu es pécheur. Toi aussi, tu es traversé par cette blessure qui fait que, au fond de toi, quelque chose cherche à s’opposer à Dieu de toutes ses forces. Et l’orgueil d’être quelqu’un de bien, orgueil qui te couperait de ton prochain parce que tu te croirais supérieur à lui, et qui te couperait de Dieu parce que tu te croirait parfait devant lui… cet orgueil serait sans doute pire que beaucoup d’autres péchés.

Alors, si sur tel ou tel point de ta vie, il y a un gros défaut, visible ou non des autres, mais que toi tu connais trop bien, qui te fatigue, que tu ne sais plus comment confesser honnêtement tellement tu as dit et redit que tu prenais la ferme résolution de ne plus recommencer… mais cette ferme résolution s’est révélée inopérante…

S’il y a un tel défaut massif dans ta vie, heureux es tu ! Car tu es obligé de te reconnaître pécheur, alors que se reconnaître pécheur devant Dieu est une des choses les plus difficiles qui soient ; et cela fait grandir en toi la première des vertus : l’humilité.

Le pécheur et l’homme humble, c’est le même homme : Le psaume que nous avons entendu le suggère : « Il est bon, le Seigneur, lui qui montre aux pécheurs le chemin ; Sa justice dirige les humbles, il enseigne aux humbles son chemin ». Celui qui se connait pécheur ne risque pas d’aller vers Dieu ou vers les autres avec l’orgueil de celui qui aurait une créance sur Dieu, ou qui pourrait faire la leçon à qui que ce soit. Au contraire, il se met devant Dieu en lui demandant, comme le psaume de ce soir : « Seigneur, enseigne-moi tes voies, Fais-moi connaître ta route. Dirige moi par ta vérité, enseigne moi car tu es le Dieu qui me sauve ».

Apprends à rendre grâce pour tes défauts les plus évidents : ils te mènent sur une voie d’humilité, et cette voie conduit à Dieu.

Bien sûr, dans tout ce que j’ai dit jusque-là, il y a quelque chose qui peut faire un peu peur. « Enseigne moi tes voies, Seigneur, mais ça serait bien qu’elles ne me fassent pas descendre trop bas, que je n’aie pas trop à voir jusqu’où va mon péché… Fais en sorte que je demeure un bon chrétien, et puis ça sera bien… fais en sorte que ce défaut qui m’humilie disparaisse une bonne fois pour toute, et puis qu’on n’en parle plus… ». Oui, mais ça, ce sont nos voies à nous.

Alors, si tu crains de perdre l’image de bon chrétien que tu veux donner aux autres ou que tu te donnes à toi-même, souviens toi, avec Paul, que Jésus n’a pas retenu jalousement le rang qui l’égalait à Dieu ; si tu crains que tes défauts ne te rabaissent à tes propres yeux, souviens toi que Jésus s’est abaissé jusqu’à la mort la plus humiliante qui soit , la mort sur la croix.

Alors, aussi profond que tu aies à descendre pour reconnaître ton péché, tu sais que, plus profond encore, dans la position la plus humble, il y a le Christ Jésus lui-même. Il est descendu aux enfers : aussi bas que tu puisses descendre, il est là, il t’y attend, et il t’y recueillera.

Ne crains pas ce qui te trouble et t’humilie : entends avec le psaume que, pour le Seigneur, la nuit comme le jour est lumière.

Tu veux savoir ce que c’est que faire la volonté de Dieu ? Comme saint Ignace dans les Exercices spirituels, mets-toi devant le Christ en croix, lui qui est descendu au plus bas pour que tu vives, et demande toi : «qu’est-ce que j’ai fait pour le Christ ? Qu’est ce que je fais pour le Christ ? Qu’est ce que je dois faire pour le Christ ? »

Demande-toi cela, et réponds, avec la liberté que le pardon inconditionnel de Dieu ne cesse de te redonner.

Amen

Père Dominique Degoul

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