ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Y a-t-il parmi nous des marcionistes ? Je n’ai pas dit macronistes mais bien marcionistes ! C’est-à-dire des disciples de Marcion, cet homme qui au tout premier siècle avait développé une pensée assez simple, encore bien répandue aujourd’hui qui pourrait se résumer ainsi : « Puisque Jésus nous révèle un Dieu d’amour et de paix, nous ne pouvons pas lire ni accepter comme paroles de Dieu ce qui est écrit dans l’Ancien Testament où il n’y a que violence, rancune et colère ! »

Si l’Eglise n’est jamais devenue marcioniste, c’est parce qu’elle croit que le Dieu révélé par Jésus, pour être vraiment le Dieu d’amour et de paix, est celui qui justement a su passer à travers tant d’obstacles et de violences sans jamais devenir un Dieu de haine ou de vengeance.

L’histoire qui nous est racontée dans l’Ancien Testament avec ses incompréhensions et ses infidélités, avec ses colères et ses vengeances, c’est notre propre histoire avec nos contradictions et nos infidélités, nos colères et nos vengeances. Mais c’est surtout l’histoire de Dieu qui cherche avec patience et compassion à ouvrir à travers tout cela un chemin de libération et de paix. Quand on relit l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau, on se rend compte que le Dieu de l’Evangile est le même que le Dieu d’Israël. Comme me le confiait une étudiante cette semaine, c’est comme lorsqu’on relit notre passé à la lumière de la foi, on se rend compte que Dieu était toujours avec nous mais que nous n’étions pas toujours avec Dieu.

Dès le commencement, Dieu nous invite au pardon ! Là où la rancune et la colère nous enchaînent, la compassion et le pardon nous libèrent. Pardonner, ce n’est pas oublier ! Comme le disait un bon vieux prêtre, le Christ ne nous appelle pas à être des amnésiques. Nous restons parfois touchés par des blessures que nous avons reçues dans le passé. Mais ne sommes nous pas davantage touchés par l’amour que nous recevons aujourd’hui ?

Pardonner 70 fois sept fois, c’est passer au dessus du mal pour ne pas se laisser tuer par lui. C’est choisir d’avancer coûte que coûte et chercher à voir en l’autre non un ennemi mais un frère. Pardonner 70 fois sept fois, c’est finalement passer par là où Dieu lui-même passe pour venir jusqu’à nous. Pardonner, ce n’est donc pas un devoir moral mais une exigence de vie. Ce n’est pas une défaite ou de la mollesse, mais bien du courage et une victoire.

Comme le dit si bien l’une des plus grandes figures chrétiennes d’aujourd’hui, Jean Vanier : « Pardonner, c’est vivre la compassion. C’est accepter nos brisures – les miennes et les tiennes. Pardonner, c’est renoncer à une vue idéaliste de l’autre et au désir qu’il soit autre qu’il n’est. Pardonner, c’est libérer les autres pour qu’ils soient eux-mêmes sans les culpabiliser de ce qu’ils ne sont pas. Pardonner, c’est aider les autres à s’épanouir, à porter du fruit et à découvrir leur propre beauté. Le pardon n’a pas besoin d’une mise en scène de larmes ou de grandes émotions, c’est un geste tout simple qui manifeste que Jésus nous appelle ensemble comme membres d’un même corps, à vivre une alliance. Pardonner, c’est être artisan de paix, lutter pour créer l’unité, pour construire un seul corps, pour guérir le corps brisé de l’humanité. Pardonner, c’est suivre Jésus. »

Alors, non, nous ne sommes et ne serons jamais disciples de Marcion mais bien disciple du Christ qui connaissait par cœur les 150 psaumes de l’Ancien Testament. Rassurez vous, je ne vous demanderai pas de les apprendre par cœur. Je nous invite simplement à lire et à prier toute cette semaine le psaume 102 que nous venons de chanter… si seulement nous voulons au fond de nous rester en vie… Amen

Père Arnaud Franc

Copyright © 2014 La Pastorale Étudiante de Toulouse - Tous droits réservés - Conception graphique espritCréateur.COMM' & développement Nexteo Interactive