ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Jésus a traversé la mort, et il est ressuscité ; mais cet événement ne concerne pas seulement l’homme Jésus : à ce moment c’est l’être même de Dieu qui nous est révélé : Dieu, c’est celui qui vient donner et redonner la vie là où le péché, le malheur, la violence ou la mort ont semblé triompher.

Quand on parle de sa miséricorde, c’est cela qu’on dit : le cœur de Dieu se penche sur notre malheur, pour le rejoindre et nous le faire traverser. Thomas ne peut pas croire, et Jésus ressuscité vient ressusciter sa foi. Thomas ne peut pas entrer dans la joie des autres apôtres. Pourquoi ? Parce qu’il n’a pas vu Jésus, comme les autres ? Peut-être. Mais il y a autre chose. Entendez ce qu’il dit : « si je ne vois pas la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, je ne croirai pas ».

Thomas ne dit pas simplement « si je ne vois pas Jésus »… il fait référence précisément aux blessures de Jésus, ses mains transpercées par les clous, son côté ouvert par la lance. C’est comme une image, obsédante, dont il ne peut se détacher : le spectacle de ce maître qu’il a aimé, cloué sur le bois de la croix. La parole de ses amis, le témoignage de leur joie, ne lui suffisent pas pour croire que les clous et la lance n’ont pas eu le dernier mot…

Il faut que Dieu vienne se manifester là où ça fait mal. C’est ce que fait Jésus. Il vient répondre précisément à l’exigence de Thomas : « avance ton doigt ici, vois mes mains ; mets ta main dans mon côté ».

Dans le reste de la Bible, il est rare que Dieu obéisse aussi directement à une demande de l’homme, surtout une demande de manifestation miraculeuse ; mais lorsque cela se produit, c’est souvent parce que l’homme ou la femme qui demande un miracle le demande à cause d’une douleur que rien n’est encore venu consoler. Depuis l’origine, Dieu vient rejoindre en nous ce qui est blessé, pour lui redonner vie.

Souvenez-vous de la Pâque d’Israël, cette sortie d’Egypte dans laquelle la première parole de Dieu était « j’ai vu la misère de mon peuple ». Il ne s’agit pas de faire comme s’il n’y avait pas eu de blessures : mais les blessures qui provoquaient de la souffrance et de la honte deviennent le signe de la gloire de Dieu qui s’y manifeste.

Thomas met son doigt dans la main percée du Christ, il met sa main dans le côté ouvert du Christ, et il peut dire la foi en Jésus avec une clarté qu’aucun autre disciple n’a pu avoir avant lui : « mon Seigneur et mon Dieu ».Nous reconnaissons Dieu lorsqu’il se manifeste à nous là précisément où nous pensions qu’il était définitivement absent.

C’est ici que le chemin de Thomas rejoint le nôtre. Bien sûr, Thomas a pu voir Jésus, et nous non. Mais pour lui comme pour nous, la résurrection de Jésus, c’est la révélation d’un Père qui ne veut rien d’autre que nous redonner la vie, comme il l’a redonnée au corps meurtri de son Fils.

Mais comment la résurrection de Jésus nous redonne-t-elle vie à nous ? Nous, nous sommes appelés à croire que Jésus est vraiment ressuscité. S’il est vraiment ressuscité, il est aujourd’hui vivant. S’il est aujourd’hui vivant, alors nous pouvons mettre notre foi en lui, nous pouvons, comme dit St Pierre, l’aimer, même sans le voir ; nous pouvons, dans cet amour qui nous lie à lui, éprouver déjà qu’il vient nous rejoindre là où nous sommes blessés, que ce soit par notre péché ou par le malheur que nous avons pu subir ;

Ces moments de consolation où il rejoint notre malheur et notre péché se manifestent par une joie surabondante, ou plus discrètement par une plus grande paix, ou bien par des larmes qui dénouent ce qui était noué ; ces moments de consolation sont le commencement et l’anticipation de notre résurrection : nous commençons à passer de la mort à la vie. Nous pouvons vivre déjà de cette joyeuse et vivante espérance qui ne nie pas les épreuves encore nombreuses, mais qui pourtant nous transfigure.

Ce que Jésus a fait pour Thomas, venir le chercher là même où il lui était impossible de croire, Jésus le fera pour chaque homme, en nous faisant renaître à l’espérance. Et cela jusqu’à un point qu’il nous est presque impossible de concevoir, mais que Pierre écrit hardiment. … « votre foi éprouvée recevra louange, gloire et honneur » : votre foi recevra ce qu’on donne normalement à Dieu, la louange, la gloire et l’honneur, parce que votre foi vient de Dieu lui-même ! Au-delà de notre mort, il nous sera révélé que dans les mouvements, qui nous poussent à aimer Dieu, et à aimer notre prochain, dans ces mouvements parfois hésitants, toujours mêlés, toujours imparfaits, c’est Dieu lui-même qui déjà est à l’œuvre.

Le Christ ressuscité œuvre tellement en nous, que nous pouvons faire pour d’autres ce qu’il a fait pour nous. Le jeudi saint, Jésus avait donné à ses apôtres l’exemple du lavement des pieds : ce soir il leur donne, à eux, sa paix ; puis il leur donne l’Esprit saint, qui leur permet de remettre les péchés à tous ceux qu’ils rencontreront.

C’est sans doute la plus grande grâce que nous fait Jésus : Non seulement il nous rend à nous-mêmes la vie, lorsque sa parole et ses sacrements nous redonnent courage et espérance ; mais il nous donne de pouvoir parfois, comme lui, et à sa suite, trouver la parole ou l’action qui conviennent, petite ou grande, pour sortir un homme, une communauté, ou même un pays, de ce qui l’empêche de croire, d’espérer, et d’aimer.

La tombe de l’apôtre Thomas est aujourd’hui vénérée en Inde. L’homme sidéré par la violence a été rendu à la foi par le Christ, et il a témoigné jusqu’aux extrémités de la terre.

Qu’à notre tour, l’énergie du Christ ressuscité nous guérisse et nous rendent aptes à participer à son œuvre de salut.

Amen

Père Dominique Degoul

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