ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Je vous propose de découper cette grande saga en quatre histoires, que je conclurai à chaque fois par une petite leçon, et une strophe d’une hymne monastique.

La première histoire, c’est une vieille histoire. Akhaz, un roi impopulaire, qui fatiguait son peuple ; une dynastie d’autant plus mal en point qu’elle n’a pas d’héritier, et que les ambitions commencent à s’aiguiser ; le tout dans un pays menacé par la puissante coalition de ses deux principaux voisins. Akhaz a de quoi se tourmenter ; mais, Dieu vient, comme à l’improviste, lui ordonner de demander un signe : « un signe au fond du séjour des morts, ou sur les montages » : un signe à la mesure du malheur qui le menace.

Mais Akhaz se récuse « non, je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve ». Mauvaise réponse ! Peut-être Akhaz a-t-il peur de demander trop : car ce qu’il lui faudrait pour le sortir de sa situation, c’est un miracle, rien de moins : il lui faudrait un fils, et l’anéantissement de ses ennemis. C’est beaucoup, je ne vais pas demander tout cela, Dieu va se fâcher… restons prudents…

Peut-être même se dit-il que Dieu est en train de lui tendre un piège : « Dieu veut vérifier que je suis un bon croyant… or, je sais bien qu’il ne faut pas le mettre à l’épreuve… donc, s’il me dit de demander un signe, c’est pour me mettre à l’épreuve moi-même : vais-je demander un signe alors que c’est interdit ? En fait, Dieu est en train de me faire passer un examen »... Mais non, pauvre Akhaz, quand Dieu te parle, il ne te soumet pas à une épreuve tortueuse ! Il te parle, c’est tout. Il n’y a pas à chercher ce qu’il voulait vraiment dire derrière ce qu’il a dit… Demande pour toi un signe.

Alors, le signe qu’Akhaz n’ose pas demander vient à la rencontre de ce qu’il n’osait pas espérer : la jeune reine est enceinte, les ennemis auront disparu avant que l’enfant sache distinguer le bien du mal, c’est-à-dire avant quelques années. Ceci arriva effectivement, vers 730 avant Jésus Christ.

1ère leçon : si Dieu veut te parler, n’aie pas peur. Ce n’est pas un piège. Il vient peut-être te visiter là précisément où tout a l’air fermé, pour le rouvrir, pour redonner la vie là où tu crois que « c’est mort » et où il faut croire encore plus que Dieu n’est pas loin.

Comme chantent les moines Le Seigneur passe… Ouvriras-tu quand frape l’inconnu ? Peux-tu laisser mourir la voix qui réclame ta foi ?

Deuxième histoire Pourtant, la parole prononcée par le Prophète Isaïe n’était pas totalement accomplie. Le fils d’Akhaz qui naquit à ce moment-là, fut un roi bien décevant. Deux siècles plus tard, à son tour, le royaume des juifs s’effondrait.

Dieu prend son temps. Il a attendu 730 ans. Joseph est un lointain descendant de David. Cela fait bien longtemps que cette dynastie n’a plus le pouvoir, et il est bien probable que Joseph ne rêve pas que son fils restaure l’antique monarchie ! En revanche, quelque chose le tracasse : il se rend compte que la femme qu’il va épouser est déjà enceinte. Il réfléchit, et trouve la solution de compromis qui lui parait la plus acceptable : rompre les fiançailles, le plus discrètement possible. Tout le monde le saura, mais il peut au moins en taire la raison …

« Joseph, ne crains pas ». C’est ainsi que Dieu parle, lorsqu’il se présente à l’homme. Ne crains pas, c’est moi. Ne crains pas, dit Dieu, c’est moi qui suis à l’origine de cet enfant. L’enfant qui est en Marie vient de l’Esprit Saint, mais toi, Joseph, tu as quelque chose à faire : tu lui donneras son nom. Dans l’Antiquité, celui qui donne le nom de l’enfant, c’est le père. Dieu dit à Joseph : « tu seras le Père de cet enfant ». Pour que son Verbe devienne un homme, Dieu a demandé le consentement de Marie ; pour que l’enfant soit connu comme fils de David, Dieu a demandé le consentement de Joseph. Tout cela est arrivé pour que soit accomplie, enfin, la parole du prophète.

2ème leçon : Dieu ne veut pas agir sans notre consentement. C’était déjà vrai à l’époque de Marie et de Joseph ; c’est encore vrai pour toi aujourd’hui. Dieu n’agira pas sans nous. Alors cela nous invite à une chose difficile mais nécessaire parce que c’est la voie vers la joie : désirer par avance consentir à ce que Dieu nous demandera pour que nous l’aidions à se manifester dans le monde.

Le chant des moines nous invite au courage de ce combat spirituel Le Seigneur passe… Eteindras-tu l’amour qui purifie ? Peux tu le fuir et refuser d’être l’or au creuset ?

3ème histoire : Je ne vais pas la raconter en entier . C’est celle de l’Evangile lui-même. Car cette fois-ci, la promesse de Dieu s’est accomplie. Le petit enfant, né selon la chair de la descendance de David, a été établi, selon l’Esprit de sainteté, dans la puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts.

Une longue histoire, celle de Jésus, une histoire qui passe par la mort et par la résurrection. Au fond, Dieu avec l’humanité, c’est toujours la même histoire : c’est dans ce qui nous parait insoluble et désespéré que Dieu se manifeste. C’est dans la mort elle-même que Dieu manifeste sa puissance, par sa résurrection.

L’Evangile, ce n’est pas seulement ce que Jésus a dit et fait, l’Evangile c’est Jésus lui-même. Comme dit Paul : « cette bonne nouvelle, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Ecritures, concerne son Fils » Parfois on dit d’une rencontre « avoir rencontré ce garçon, cette fille, c’est la meilleure nouvelle qui me soit arrivée ». La meilleure nouvelle qui soit arrivée à l’humanité dans toute son histoire, c’est d’avoir rencontré Jésus, car il est Dieu avec nous.

3ème leçon : la très bonne nouvelle, l’Evangile, c’est Jésus lui-même, Dieu avec nous jusque dans notre mort pour que nous soyons avec Dieu jusque dans sa vie éternelle.

Le chant des moines nous fait sortir du silence Le Seigneur passe… Oseras-tu lancer ton cri de joie ? Christ est vivant, ressuscité, qui voudra l’héberger ?

4ème histoire : Je ne peux rien en dire. C’est ton histoire avec ce Jésus qui est venu, Dieu avec toi. Dieu qui veut te parler, Dieu qui vient te chercher là précisément où l’espérance te semble impossible. Dieu qui veut agir avec toi pour que ton consentement l’aide à se manifester dans le monde. Jésus, le maître doux et humble de cœur, qui t’emmène sur sa route où la mort même est traversée.

La leçon de cette histoire, c’est toi qui la trouvera et qui bientôt la donnera à tes enfants, qu’ils soient des enfants selon la chair ou des enfants selon l’esprit…

Le chant des moines nous encourage Le Seigneur passe… Attendras-tu un autre rendez-vous ? Pourquoi tarder ? Prends avec lui le chemin de la vie.

Père Dominique Degoul

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