ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira ». Si on ne nous avait pas prévenus que c’était du livre d’Isaïe, on aurait pu croire que c’était du livre de la Jungle…

C’est vrai qu’il y a de nombreuses ressemblances entre ces deux livres mais il y a surtout une grande différence qu’il ne faudrait pas oublier ?

Contrairement à Kipling, Isaïe n’a pas voulu écrire une fable, encore moins un conte pour enfants. « Tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints, nous dit saint Paul, l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Ecritures, nous ayons l’espérance ».

Tout ce qui a été écrit, c’est pour que nous ayons l’espérance… Savons-nous accueillir la persévérance et le réconfort que Dieu nous donne à travers la Bible ? Savons-nous percevoir en elle la vision de Dieu ! Car ce que nous décrit Isaïe, c’est la vision de Dieu ! Vision non pas de malheurs où l’homme serait un loup pour l’homme, mais vision de paix où le loup habite avec l’agneau, vision d’une humanité en harmonie où chacun a sa place même avec son contraire et où tous peuvent bien vivre ensemble.

Comment ne pas voir Jésus dans « ce petit garçon » capable de conduire le loup et l’agneau ensemble, le léopard, le chevreau, le veau et le lionceau ? Dieu sait combien il y en a qui courent aujourd’hui à travers le monde… Dieu sait combien il y en a dans notre vie et dans notre histoire. Mais le savons-nous ? Dieu envoie dans l’histoire du monde et dans l’histoire de nos vies Jésus, son propre fils pour concilier et réconcilier en nous ce qui naturellement est inconciliable et irréconciliable.

Après son baptême par Jean le Baptiste, Jésus est poussé par l’Esprit Saint au désert pour vivre au milieu des bêtes sauvages. Il est envoyé dans le monde pour répondre aux attaques pleines de venins de ceux qui conduisent au mal. Ce qu’Isaïe prévoyait. Jésus le fait. « Sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main » Jésus ferme la bouche de toutes « les engeances de vipère » qu’il rencontre, encore aujourd’hui…

La vision de paix et d’harmonie décrite par Isaïe est difficile à percevoir dans notre monde. Mais cela ne veut pas dire que c’est irréalisable ! Qui sait ?! Peut-être est ce en train de se réaliser et nous ne le voyons pas.

Dans l’un de ses plus célèbres écrits, le poète chrétien Charles Péguy n’hésite pas à dire : « Et le facile et la pente est de désespérer et c’est la grande tentation ». Notre tentation, c’est de rester aux apparences des choses et d’attendre que tout ira mieux demain… L’espérance, ce n’est pas de croire que tout ira mieux demain, mais c’est croire contre toute espérance que Dieu sera toujours avec nous comme ce petit garçon, fragile et petit, au milieu d’un monde féroce ! Saurons-nous comme Jean-Baptiste le reconnaître ? Croyons-nous qu’il vient ?

Nous les chrétiens, nous voulons suivre le Christ sur qui repose l’esprit de sagesse et de discernement, de conseil et de force. Il est plus fort que nous car il ne juge pas sur l’apparence et ne se prononce pas sur des rumeurs. Ces fameuses apparences et rumeurs qui nous attaquent comme des loups et des léopards jusqu’à menacer ce qu'il y a de plus fragile en nous notre dignité et notre espérance.

La Bible nous dit que le Seigneur juge les petits, qu’il est en faveur des humbles et qu’il a souci du faible et du pauvre. Or l’espérance, celle que l’on porte pour notre monde, pour l’Europe, pour notre pays, pour la vie, pour la politique, pour notre Eglise, pour notre propre histoire, n’est-elle pas justement aujourd’hui ce faible, ce pauvre et ce petit qu’on ne voit pas et qu’on néglige ?

« L'Espérance est une petite fille de rien du tout, disait encore le poète Péguy. C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.»

Notre vie est bien loin d’être comme dans le livre de la Jungle même si notre monde a des allures de jungle… Ce qui est sûr, c’est qu’il en faut peu pour être heureux… Juste une petite espérance.

Ne laissons rien ni personne, surtout pas les apparences ni les rumeurs et encore moins les vipères d’aujourd’hui, voler le peu d’espérance que nous avons. Accueillons ensemble dans cette Eucharistie l’espérance comme une petite fille de rien du tout qui veut naître en nous ! Car dans cette petite fille de rien du tout, il y a Dieu. Et c'est tout !

Père Arnaud Franc

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