ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Dieu n'est-il pas un peu bizarre ? Jésus envoie les lépreux loin de lui, mais on découvre après coup qu'il aurait bien aimé qu'ils reviennent. Selon Paul "si nous le rejetons, il nous rejettera, mais si nous sommes infidèles, il rester fidèle". Qu'est ce que cela signifie ? Et, question subsidiaire, pourquoi nous donner en exemple des étrangers : Naaman le syrien, le lépreux samaritain ?

On peut avoir l’impression, à la lecture de cet Evangile, que Jésus ne sait pas ce qu’il veut. D’un côté, quand les lépreux demandent à Jésus de les guérir, Jésus les maintient à distance. Pourquoi ? Jésus ne s’impose pas, il ne vient pas les embrasser dans un grand moment de chaleur fusionnelle. Il les expédie aux prêtres. Il ne veut pas voir le moment de leur guérison. Il ne met pas la main sur eux, il les laisse libre, il n’impose pas sa présence pour qu’on lui soit redevable.

La charité de Jésus a presque l’air rude dans la forme, mais elle est surtout discrète : Jésus ne sera même pas présent au moment où la guérison se produira. Il les laisse même libres d’attribuer leur guérison à son action à lui, ou à autre chose. Donc, d’un côté, Jésus se tient à distance et les laisse libre.

Mais de l’autre côté, en voyant qu’un seul vient rendre grâce, Jésus manifeste une vive déception. Parmi les dix guéris, un seul est revenu. Les neuf autres, où sont-ils ? On découvre alors que Jésus aurait beaucoup aimé que les neuf autres manifestent aussi leur reconnaissance.

Alors, est-ce que Jésus veut qu’on soit libre par rapport à lui, ou est-ce qu’il veut qu’on s’attache à lui ? Les deux ! Ce n’est pas une contradiction, c’est le paradoxe de l’amour, c’est le paradoxe de l’être même de Dieu. Car l’amour sait très bien ce qu’il veut : d’abord, avant tout, au-dessus de tout, l’amour veut que tu sois libre. Dieu veut que nous soyons des sujets libres. Il ne peut pas vouloir autre chose, ce serait contraire à ce qu’est l’amour : il ne peut pas nous séduire par tromperie, il ne peut pas nous forcer ; il ne veut même pas nous mettre en dette, ses cadeaux, comme la guérison des lépreux, se font dans la plus grande discrétion. L’amour ne veut pas nous poursuivre en nous présentant l’addition de tous ses cadeaux, sur le mode « avec tout ce que j’ai fait pour toi »… Et tout cela, vous pouvez bien le sentir dans l’amitié ou dans les relations amoureuses : l’amitié, l’amour humain, ne peut passer ni par la tromperie, ni par la violence, ni même par la mise en dette de l’autre. Celui qui serait ma victime ou mon obligé ne peut pas être mon ami.

Mais en même temps qu’il veut absolument notre liberté, comme condition préalable à tout, Dieu le Père , et Jésus son Fils avec lui, désire intensément que nous l’aimions en retour.

Dieu désire intensément que nous vivions, et ce qui nous fait vivre le plus, ce qui constitue le salut, c’est la relation avec Dieu : reconnaître ce qu’il nous donne, nous réjouir de ce qu’il nous donne chaque jour (bénir), nous réjouir des moments où il nous tire de notre malheur ou de notre péché (rendre grâce), nous réjouir de ce qu’il est (faire la louange de Dieu). Dans nos textes d’aujourd’hui, le samaritain lépreux, et Naaman, vivent tous les deux cette expérience de salut : non seulement ils sont guéris de leur lèpre, mais en plus ils entrent en relation avec Dieu, et cela fait leur joie. Alors nous pouvons entendre avec précision ce que dit saint Paul : « si nous le rejetons, il nous rejettera » : c’est la liberté que Dieu nous donne absolument : si nous rejetons le Christ, il ne va pas nous retenir ; « si nous sommes infidèles, il restera fidèle, car il ne peut se renier lui-même » : c’est le désir profond de Dieu, désir qui demeure comme une espérance inexpugnable, désir que la relation avec lui sera un jour possible.

Le Fils sait précisément ce qu’il veut : il veut être aimé librement. Voilà la réponse à la première question.

Ceci m’amène à la deuxième : pourquoi des étrangers ?
Pourquoi, ici, nous donne-t-on en exemple des étrangers, un païen, et un samaritain, cad un hérétique ? pourquoi, dans la parabole du jugement dernier, Jésus s’identifie-t-il à l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » ? Ce que nous venons de dire sur l’amour de Dieu nous donne la réponse. Dieu nous donne absolument notre liberté de l’accueillir ou de le rejeter. Il s’en remet à notre liberté. Une fois qu’il a réussi à se faire entendre de nous « je désire que tu m’aimes, je désire entrer en alliance avec toi », c’est nous qui avons le pouvoir, ce n’est plus lui. « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe… si quelqu’un m’ouvre »… Dieu est dehors et nous sommes dedans. Dieu est l’étranger, et nous avons les clefs de la cité. C’est nous qui allons décider de lui ouvrir pour lui donner asile dans notre cœur, ou qui allons fermer nos portes intérieures à double tour, ériger des murs et des barbelés, pour qu’il n’entre pas.

Jésus donne l’étranger en exemple, il s’identifie à l’étranger, parce que, face à tout homme, il est dans la position de l’étranger qui demande humblement qu’on lui fasse une place.

Et paradoxalement, dans l’histoire des dix lépreux, c’est l’étranger qui, en rendant grâce à Dieu, est devenu citoyen du Royaume de Dieu ; les compatriotes de Jésus, eux, ont été guéris, mais ils sont restés étrangers à ce que leur guérison promettait de plus fort : ils snt restés étrangers à la rencontre de Dieu.

L’amour tout-puissant t’a donné la liberté, c’est-à-dire la clef qui te permet de t’ouvrir ou de te fermer à lui. Et maintenant, Dieu est à la merci de ta liberté : voudras-tu lui donner asile, et l’accueillir chez toi, dans le dialogue intérieur que tu mènes avec lui, ou dans les rencontres qu’il te sera donné de faire ? Si tu peux répondre oui, c’est le commencement de ton salut ; si tu te sens hésiter, demande-lui son aide, il ne te la refusera pas : lui restera fidèle car il ne peut se renier lui-même.

Amen.

Père Dominique Degoul

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