ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

L'évangile d'aujourd'hui, c'est l'histoire d'une femme dont la vie quotidienne est difficile, dont la vie sentimentale est chaotique, dont la vie spirituelle est pleine de doutes... mais d'une femme qui attend une rencontre qui changera sa vie ; et c'est l'histoire du moment où cette rencontre se produit.

 

Depuis très longtemps, cet évangile est lu aux catéchumènes dans le temps qui précède leur baptême, parce qu'il dit comment le Christ vient nous rencontrer : il vient dans notre vie telle qu'elle est, il met à jour notre espérance la plus profonde et la plus secrète, et, à sa manière, il la réalise.

Cette femme, essayons de nous la représenter. D'abord, elle doit, tous les jours, se rendre au puit, pour puiser de l'eau. Nous ne nous rendons probablement plus compte de la charge que cela représente. Tous les jours, transporter des litres et des litres d'eau, pour la cuisine, pour les ablutions, pour boire. Une grande partie de la vie occupée par ce qui est nécessaire pour rester en vie.

Alors, quand Jésus lui parle de cette eau qui fait qu'on n'a plus jamais soif après l'avoir bue, il n'est pas étonnant qu'elle l'entende au premier degré, comme s'il proposait un tour de magie : enfin, ne plus aller puiser tous les jours !

Pourtant, on peut être joyeux de travailler dur, si c'est pour ceux qu'on aime. On souffre, mais c'est pour faire vivre sa famille, pour faire grandir les enfants... Mais notre samaritaine n'a jamais vraiment pu aimer et être aimée en vérité. Elle le dit dans une phrase qui annonce et qui en même temps dissimule l'ampleur de son malheur : « je n'ai pas de mari ». C'est Jésus qui, avec délicatesse, l'approuve, et lui dit ce que cache cette phrase pudique : tu dis bien, « je n'ai pas de mari ». Car derrière ce résumé de façade, il y a cette triste histoire, que Jésus vient mettre au jour : cinq maris successifs, on ne sait pas s'ils sont morts, si la femme a été répudiée, ou si c'est elle qui est partie ; et puis finalement un homme avec lequel elle vit, et qu'elle n'a pas épousé.

Alors, quand la vie quotidienne est dure, quand on ne sait plus qui aimer, on peut trouver une forme de réconfort dans la religion : offrir les sacrifices prescrits pour adorer Dieu, et espérer qu'en retour il nous aidera un peu... Mais cette femme de Samarie sait que rien n'est sûr : les juifs et les samaritains adorent le même Dieu, ils cherchent les uns et les autres à être fidèles à la Loi de Moïse. Mais il y a entre eux un vieux contentieux, ils sont séparés depuis 750 ans... contentieux que la femme résume ainsi : « où faut-il adorer ? Est-ce sur notre montagne, ou à Jérusalem ? ». La présence de la religion des autres met la sienne en doute ; elle ne sait même plus si Dieu écoute ses prières : si le vrai lieu pour adorer Dieu, c'est Jérusalem, peut-être que toutes les prières qu'elle a faites sur la montagne sacrée des samaritains n'ont été écoutées par personne...

Cette femme n'est pas heureuse, mais la rencontre de Jésus va changer quelque chose. Lui aussi est fatigué. Fatigué peut être par la longueur de la route : à chaque fois qu'il va de la Galilée, sa province d'origine, à Jérusalem, en Judée, Jésus doit traverser la Samarie, où il est un étranger : il ressent lui aussi, dans son corps, la lourdeur de cette séparation.

Et s'il l'avait oubliée, on la lui rappelle tout de suite : il demande à boire à la femme, et celle-ci s'étonne qu'un juif lui adresse la parole. Le dialogue part mal... ou plutôt, il part de là où en sont les rapports habituels entre juifs et samaritains. On ne se parle pas, on est fâchés, c'est comme ça.

Mais Jésus ne se laisse pas impressionner : il parle de Dieu, d'eau vive ; il laisse même entendre qu'il est quelqu'un d'important : « si tu savais qui est celui qui te demande à boire »...

La femme ne comprend pas tout, mais elle est intriguée, même sur le ton de l'ironie ... « serais-tu plus grand que notre père Jacob ».

Et Jésus, patiemment, va amener cette femme à dire les questions et les difficultés de sa vie : cette eau qu'il faut puiser chaque jour jusqu'à s'épuiser, cette impossibilité de vivre dans la durée avec le même homme, cette incertitude religieuse qui fait qu'on ne sait plus à quel saint se vouer.

Sur les deux premiers points, Jésus ne lui donne pas de solution. L'eau vive dont il parle n'empêchera pas qu'il faudra encore puiser tous les jours. Mais sur la question religieuse, il éclaire vraiment les choses : certes, dans le débat entre Juifs et Samaritains, ce sont les Juifs qui avaient raison. Mais ce débat sera bientôt dépassé : ce que Dieu veut, ce sont des femmes et des hommes qui l'adorent en esprit et en vérité. Il n'y a plus à s'inquiéter du lieu où l'on prie, si le cœur cherche avec droiture.

Alors la femme peut dire à cet inconnu de passage l'espérance qui, malgré tout, la fait tenir debout : « il vient, le Messie ; quand il viendra, il nous fera connaître toute chose ». Rien ne tient vraiment debout dans sa vie, rien ne la rend vraiment heureuse, mais il y a cette espérance au plus profond : un jour il viendra, le messie, il nous expliquera tout, je comprendrai ce qui m'est arrivé et ce qui m'arrive maintenant.

Et quand Jésus lui révèle qu'il est ce messie qu'elle attend, elle laisse là sa cruche, elle dépose l'instrument de sa servitude quotidienne. Elle a rencontré un homme qui a accueilli son malheur et ses questions avec douceur, patience, pédagogie ; un homme qui a vu clair en elle : il n'a pas vu dans ses errances quelque chose à condamner, il a vu le désir de vivre en vérité et l'espérance d'être sauvée de tout ce qui l'enferme.

Alors vite, la femme va parler aux siens ; il faut qu'eux aussi rencontrent cet homme extraordinaire : ne serait-il pas celui que nous attendons ? Les Samaritains de Sykar confirmeront : « ce n'est plus seulement à cause de ce que tu dis que nous croyons, nous-mêmes nous l'avons entendu, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde ».

Il y a des jours, dans notre vie, où nous sommes comme les Hébreux au désert : nous nous demandons en nous-mêmes : « Le Seigneur est-il avec nous, oui ou non ? ». Ce peut être parce que des doutes nous viennent sur l'existence même de Dieu ; ce peut être parce que tel événement passé ou telle difficulté actuelle de notre vie nous font trouver que c'est trop dur, et nous font nous demander si vraiment Dieu est avec nous, s'il ne nous a pas abandonnés.

Mais ces jours d'épreuve peuvent être des moments de grâce : des moments où nous avons soif de quelque chose, et où notre soif d'une nouveauté radicale rencontre la soif de Jésus lui-même : donne-moi à boire.

Que tu sois chrétien depuis longtemps ou non, le Christ a soif de te rencontrer, de te connaître et de se faire connaître de toi.

Alors, le soir, dans le secret de ta chambre, entre en conversation avec lui... De quoi lui parleras-tu ? Il n'y a pas à trouver des mots compliqués, il n'y a pas à lui construire des montagnes d'expressions grandiloquentes pour monter dessus et offrir on ne sait quel sacrifice... Il n'y a rien à donner, c'est Jésus qui a tout donné, même sa vie sur la croix, pour donner la preuve que Dieu t'aime.

Non, ce que veut Jésus, c'est te rencontrer. Parle de ta vie, comme à un ami. Tes études en voie de réussite ou en danger d'échec, ton sentiment d'être dans la bonne filière ou de t'être trompé d'orientation, cette paresse qui t'empêche parfois de te mettre au travail,

Les joies et les inquiétudes de l'amitié
les espérances et les déceptions, les exultations et les blessures de ta vie amoureuse,
ta confiance en Dieu et ces doutes qui reviennent
... de tout cela, parle au Christ, comme à un ami.

Ne crains pas de poser de mauvaises questions, celles de la samaritaine étaient un peu à côté de la plaque, et Jésus les a accueillies, et les a amenées au point où cette femme a pu dire l'espérance qui la maintenait en vie.

Alors toi, entre dans cette conversation avec le Christ, entre dans cette amitié avec Jésus, et laisse-le te révéler peu à peu quelle est ton espérance,

Cette espérance ne décevra pas, parce qu'elle t'indiquera quel est ton désir, quelle est ta vocation, c'est-à-dire ta manière concrète de laisser l'Esprit Saint répandre l'amour de Dieu dans ton cœur, et de le laisser passer à travers toi vers les autres.

Lève les yeux et regarde : les champs déjà sont dorés pour la moisson.

Amen.

Père Dominique

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