ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

L'Evangile nous demande de préparer le chemin du Seigneur, d'aplanir sa route. Quel est ce chemin ? ... Voici une lecture spirituelle qui n'est pas exclusive : ce chemin c'est celui qui mène à notre intimité profonde, là où Jésus désire naître et demeurer pour devenir notre maître intérieur, notre paix, notre lumière. Il ne s'agit pas d'un anniversaire, mais bien de sa naissance en chacun de nous aujourd'hui.


Et cet aujourd'hui, quel est-il ? C'est l'aujourd'hui des questions climatiques et celle des attentats meurtriers de Paris. Etonnement : dans une société bien établie, dotée de nombreuses institutions solides (école, justice, police, armée, administration etc.) des groupuscules viennent nous atteindre, volatilisant notre illusion de sécurité et d'invulnérabilité. Serait-ce de la folie comme l'a dit notamment Monsieur Hollande devant la nation ébranlée. Non, folie est un terme trop flou, sans solidité. Les terroristes ont beau avoir de très mauvaises raisons, ils ont leurs raisons. Il serait en revanche fou de prétendre que leurs comportements sont irrationnels. Il est sage d'analyser les causes profondes de ces violences brutales. Si c'est difficile, c'est avant tout parce que nous sommes nous-mêmes profondément impliqués dans ces causes profondes et avons en conséquence bien du mal à rester objectifs.

Ces causes profondes, le pape François les décrit dans l'encyclique Laudato Si, Loué sois-tu. Avant de revenir moi-même à l'encyclique, je voudrais citer un philosophe-sociologue français, non croyant Edgar Morin à propos de cette lettre, en espérant que cela donnera envie de s'y plonger si vous ne l'avez pas déjà fait :
« Dans ce « désert » actuel, donc, voilà que surgit ce texte que je trouve tellement bien pensé, et qui répond à cette complexité ! Le pape François (...) montre que l'écologie touche en profondeur nos vies, notre civilisation, nos modes d'agir, nos pensées. (...) Il existe (...) un humanisme anthropocentriste, qui met l'Homme au centre de l'univers, qui fait de l'homme le seul sujet de l'univers. En somme, où l'Homme se situe à la place de Dieu. Je ne suis pas croyant, mais je pense que ce rôle divin que s'attribue parfois l'homme est absolument insensé. » (Edgar Morin)
Voilà donc un texte fort sur la profonde crise culturelle et spirituelle actuelle qui suscite un grand intérêt bien au-delà de l'Eglise (certains, comme le gouverneur de Floride, ont qualifié ce pape de dangereux ! "Dieu merci !" lui a-t-on répondu dans la presse). Le pape dresse un constat de l'extrême gravité de la dégradation sociale liée à celle des écosystèmes, avec comme conséquences prévisibles des violences terribles qui vont nous atteindre tous et bientôt. Il propose une écologie intégrale qui protège autant l'homme que les écosystèmes. Il appelle les autorités locales, nationales et les instances internationales à prendre les décisions courageuses nécessaires pour permettre à l'humanité de retrouver des relations d'harmonie en son sein et avec la nature, mais il nous dit qu'il faut aussi changer nos comportements individuels de prédation et de gaspillage. Il faut repenser le monde, une révolution culturelle est indispensable pour nous sortir du modèle consumériste délétère. François conclut en donnant les éléments d'une spiritualité écologique qui ne sera pas une moindre intensité de vie mais bien au contraire un surcroît de vie et d'humanité. Je cite le §217 : « Certains chrétiens, engagés et qui prient, ont l'habitude de se moquer des préoccupations pour l'environnement, avec l'excuse du réalisme et du pragmatisme. D'autres sont passifs, ils ne se décident pas à changer leurs habitudes et ils deviennent incohérents. Ils ont donc besoin d'une conversion écologique, qui implique de laisser jaillir toutes les conséquences de leur rencontre avec Jésus-Christ sur les relations avec le monde qui les entoure. Vivre la vocation de protecteurs de l'œuvre de Dieu est une part essentielle d'une existence vertueuse ; cela n'est pas quelque chose d'optionnel ni un aspect secondaire dans l'expérience chrétienne. »
Voilà de manière limpide comment, dans l'aujourd'hui du réchauffement climatique et des agissements de Daesh, préparer les chemins du Seigneur. Je cite de nouveau l'encyclique : (§217) « S'il est vrai que les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands, la crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure. »
C'est certainement difficile. C'est là qu'intervient la foi. Croyons-nous vraiment en Dieu ? Croyons-nous que rien ne lui est impossible ? Si c'est le cas, comme Ste Thérèse de l'enfant Jésus, ayons le courage de faire le premier pas, il nous conduira sur le reste du chemin.
Noël sera l'occasion de vérifier pour chacun de nous, par notre capacité à refuser de nous abîmer dans une consommation excessive, dans un gaspillage, si nous suivons les chemins de Dieu ou non. Si c'est le cas, nous serons plus heureux, et nous serons clairement en démarche pour un monde plus juste, plus fraternel, plus beau, où le petit Jésus pourra grandir et devenir notre maître intérieur au lieu de rester prisonnier de ses langes.

Père Mabilat

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