ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

« Alors, comme cela, tu es roi ? » S'il y en a un qui ne croit pas que Jésus fut roi, c'est bien Pilate. Lui le gouverneur de Judée, représentant de l'empereur en Israël, qui avait sous ses ordres les nombreuses armées qui sillonnaient la Palestine, avait devant lui ce Jésus, petit rabbin juif, arrêté la veille. Et ce Jésus ne ressemblait pas du tout à un roi tel que Pilate se le représentait. Il n'avait eu aucun disciple pour le défendre : donc niveau armée, zéro. Il n'avait pas les richesses matérielles pouvant influencer les politiques: donc niveau finance internationale, zéro. Il ne pouvait pas se réclamer d'une lignée royale légitime, ne pouvant prétendre par héritage à un territoire quelconque, donc niveau influence géo-politique, zéro.

Les renseignements généraux de Pilate lui avaient sûrement donné quelques indications : les foules qui se sont mises à suivre ce Jésus étaient majoritairement composées de losers, estropiés, aveugles, lépreux ou mendiants (cf. Jn 7, 48), plus des femmes et des enfants. Ce Jésus avait bien rassemblé autour de lui quelques disciples, mais ceux-ci n'étaient que des pécheurs galiléens ou des publicains sans influence. Bon, il y avait bien cet épisode qui s'est passé quelques jours auparavant : on l'a vu entrer à Jérusalem sur un âne, acclamé par une foule qui criait : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur ! » (Lc 19, 38). Mais rien de très sérieux, et cet homme est tout au plus un illuminé.
On ne sait pas si Pilate croit Jésus coupable ou non. Ce qui transparaît est que, au moins au début, devoir s'occuper d'un gars aussi insignifiant le fatigue. Il ne veut même pas réfléchir sur le cas Jésus. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ? » Cela revient à dire : "Moi, je n'en ai rien à faire de toi. Si tu passes en jugement devant moi, c'est que tu as un problème avec tes propres concitoyens. Donc débrouille-toi avec eux !". Ce Jésus est tellement insignifiant pour lui, que si les prêtres n'avaient rien fait, Pilate n'aurait même pas bougé. Jésus est vraiment pour Pilate un roi d'opérette, juste bon à amuser les foules. Alors Pilate, comme juge romain, va réagir à la manière romaine de l'époque : il faut marquer les esprits du peuple. Ce Jésus prétend être roi ? Qu'on l'habille comme un roi. Vêtons-le d'un vieux manteau pourpre, couronnons-le d'épines, donnons-lui pour sceptre un roseau. Après s'être bien moqué de lui, sans oublier de le passer par la flagellation, il suffira de le montrer à la foule pour que tout le monde se calme. Finie la récréation. Cela devrait éviter les illuminés dans le genre de Jésus de se manifester.

Alors, Jésus est-il roi ou non ? Il y aurait pas mal de gens aujourd'hui pour être du même avis que Pilate. Et on s'en rend bien compte: si Jésus est roi à la manière du monde, alors c'est une vaste blague et Pilate a bien raison. Mais Jésus le déclare : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux juifs.» Pilate comprend d'abord le langage militaire, et c'est pourquoi Jésus parle des soldats, mais le Christ aurait très bien pu parler aussi de l'économie monétaire ou d'un territoire national. Dans la royauté de Jésus, cela n'a pas cours. Pourtant Jésus parle d'une véritable royauté : Jésus règne vraiment.

Nous qui sommes réunis ici à la Daurade, nous savons que le premier lieu où Jésus règne est le cœur de ses disciples. Quand quelqu'un écoute la parole de Jésus et décide de la mettre en pratique, il montre par là qu'il obéit à Jésus et qu'il le considère comme un chef. Chef non à la manière du monde, mais chef tout de même. Donc Jésus est bien Roi pour ceux qui vivent, comme nous, de la foi en lui.

Mais Jésus ne règne pas seulement sur les chrétiens, nous ne le fêtons pas aujourd'hui comme roi des chrétiens, mais comme Roi de l'univers tout-entier. Et ici, comment Jésus règne ? Certes, il gouverne le monde comme Dieu, mais comment le fait-il comme Christ, comme Dieu fait homme ? Jésus règne dans le monde, et particulièrement sur les hommes, par les chrétiens, par nous, par le fait que nous vivons de l'amour de Dieu. Car pour nous chrétiens, nous ne pouvons pas aimer Dieu sans aimer l'autre. La première lettre de saint Jean est catégorique : « Si quelqu'un dit : ''j'aime Dieu'', et qu'il déteste son frère, c'est un menteur : celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas » (1 J 4, 20). Ce frère qu'il faut aimer, ce n'est pas seulement celui qui est de notre famille ni celui avec qui on s'entend bien. Le Seigneur le dit bien : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant. » (Mt 5, 46). Le frère qu'il faut aimer, c'est celui que nous rencontrons tous les jours au long de notre traje tvers notre fac ou notre école, celui que nous voyons avoir besoin d'aide, qu'on soit en cours ou dans la rue, et également celui qui n'en a pas besoin ; c'est celui avec lequel on partage des idées, et celui avec lequel on n'en partage pas... Bref, celui qui vit à côté de nous, avec lequel nous vivons dans la même société. Par la charité, le chrétien christianise la société où il est et participe ainsi à la construction du royaume du Christ, et par là, le Christ règne.

Petite remarque : on entend régulièrement que les religions ne doivent pas intervenir sur la société, et que la foi n'est qu'une affaire privée. Si la foi est bien personnelle, la charité est nécessairement tournée vers le prochain. Une foi qui se résumerait à la prière solitaire dans sa chambre, ou même à la prière commune entre chrétiens, ne serait pas complète. La foi chrétienne, nourrie par la charité, est nécessairement sociale, et le chrétien, s'il vit vraiment du Christ, contribue à rendre la société plus conforme à la volonté du Christ.

Nous croyons que le Christ est Roi de l'univers, et en cela nous faisons bien. Il nous reste maintenant à agir comme tel, donc à faire grandir ce royaume dans le cœur de tous les hommes. Si tu cherches à savoir comment, écoute saint François :
Là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union.
Là où est l'erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l'espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

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