ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Quand même ça nous simplifierait la vie si Jésus nous apparaissait là, comme ça au milieu de la Daurade. Ça serait tellement simple pour lui et tellement mieux pour nous, alors pourquoi est ce qu'il n'apparaît pas, pourtant c'est sûr, ça lèverait nos doutes !

Euh c'est pas si certain, y en a quand même deux ou trois d'entre vous qui se diraient, "est ce que t'es bien sur que c'est Jésus, c'est pas juste le sacristain, ou le jardinier, oui parce qu'avec la pénombre de la Daurade, on distingue pas vraiment"; d'autres se diraient que manifestement ils sont pas complètement remis de la soirée de la veille; d'autres qu'ils prennent leur rêves pour la réalité; d'autres que décidément ils révisent trop et que là, voir Jésus, c'est le dernier symptôme avant le burn out et puis surtout il y a ton pote qui est arrivé en retard, en bref Thomas, celui qui était pas là au bon moment, (quoique non, il n'y a pas personne qui arrive en retard à la messe à la Daurade, hein ? Vous êtes tous là à 18h55, toujours 5 minutes en avance même pour pouvoir vous préparer pieusement à la messe.) Donc ce pote qui hypothétiquement serait arrivé en retard à la messe et à qui tu t'empresses de dire que Jésus t'est apparu:
"Si, si crois-moi, Jésus himself, il m'est apparu, à moi et à 300 étudiants en même temps, (tout ceux qui étaient à l'heure) promis."
"Euh t'es sûr ? Il mets quoi dans l'encensoir le père Simon? C'est de la bonne?"
Non en fait je crois que ça ne résoudrait pas plus la question pour nous que ça ne l'a résolu pour Thomas et nous resterions avec nos doutes. Oui nos doutes parce que vous avez beau être catholique vous devez bien avoir quelques doutes non ? Qui n'a jamais douté, qui ne s'est jamais dit "non mais en fait si je crois c'est parce que je suis né dans une famille chrétienne et que je ne me suis jamais posé de question, mais si je creuse un peu je suis bourré de doutes et je me les cache de peur que toute ma foi ne s'écroule". Oui surtout il faut lever tes doutes, en effet on ne peut pas vivre dans le doute, nous sommes fait pour vivre dans la foi. Mais comment faire pour lever tes doutes, car il faut les lever sinon tu vas crever, ta foi va mourir, parce que le doute ronge tout, et qu'on ne peut vivre dans le doute on ne peut vivre que dans la confiance.

Et les lectures de ce jour te donne quelques pistes pour lever le doute.

Première piste: Faire confiance, faire confiance à ceux qui t'aiment, à ceux qui croient, à tes amis, à tes parents, à l'Eglise ta mère: "Les autres disciples lui disaient :« Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara :« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »" Alors bien sûr comme Thomas nous voudrions pouvoir tout vérifier par nous-mêmes, nous voudrions être l'origine et le centre de tout. Mais c'est pas possible, ça te ferait vivre dans une espèce de paranoïa permanente, imagine si tu n'avais confiance en personne: "moi je n'utilise plus facebook, il paraît que la CIA contrôle tout, non ce que m'a dit le prof, non j'y crois pas il faut que je vérifie, moi j'achète plus de viande il paraît que..., je ne regarde plus la télé il paraît que...., je ne demande rien à mon voisin il paraît que..." La méfiance qui s'insinue et qui transforme ton prochain en un concurrent, avant qu'il ne devienne ton ennemi, ruine toute relation.
Mais surtout ça nous apprends que nous sommes dépendants les uns des autres et qu'il est bon de dépendre de ceux qui nous aiment, de leur faire confiance car ils ne veulent pas t'arnaquer, ils veulent ton bonheur et au sommet de tout, au sommet de tout amour, il est bon de dépendre de Dieu, de Dieu qui t'aime et qui veut ton bonheur: "heureux ceux qui croient sans avoir vu".

Deuxième voie pour lever le doute: faire l'expérience personnelle de la rencontre avec Jésus Christ, comme saint Thomas.
La foi n'est pas d'abord une expérience intellectuelle, ta capacité de répondre à toutes les questions foireuses que te posent tes potes.
La foi n'est pas d'abord dans le fait de sentir quelque chose: si j'ai pas pleuré, si j'ai pas tremblé, si je ne lévite pas quand je prie alors ma foi est nulle, non !
La foi c'est pas un code de valeur, qu'il te faudrait suivre coûte que coûte et tu ne pourrais te dire catholique que si tu as tout bon, j'imagine que dans cette assemblée il n'y a pas grand monde qui resterait, en commençant par les plus anciens !
La foi c'est d'abord la rencontre vivante d'une personne: Jésus Christ et l'engagement à sa suite, la foi c'est de te tenir devant Jésus tout à l'heure caché sous l'apparence du pain et du vin et de lui dire: "mon Seigneur et mon Dieu tu as une place dans ma vie, je veux même que tu aies la première place."

Troisième voie: la foi est un engagement, c'est ce que dit saint Jean dans la deuxième lecture: "Car tel est l'amour de Dieu: garder ses commandements"
La foi exige des actes, sans actes notre foi est morte, ou en tout cas en grand danger, la foi est un organisme qui se nourrit, qui croit, qui grandit, ce n'est pas une démarche seulement intellectuelle tu ne peux pas croire si tu n'agis pas conformément à ta foi, si tu ne mets pas en œuvre les commandements du Seigneur.
Si tu dis je suis catholique, j'ai la foi mais que tu vis comme un païen, si tu ne pries qu'épisodiquement, si tu ne sers que quand on te le demande avec insistance, si tu ne pardonnes pas ou du bout des lèvres, si tu n'écoutes la parole de Dieu que quand tu viens à la messe (et encore d'une oreille distraite), si ta vie ressemble finalement plus à celle du monde qu'au modèle que te propose Jésus dans l'évangile alors ne t'étonne pas que ta foi s'affadisse, ne t'étonne pas de douter, de manquer de vigueur.
Croire en Jésus, c'est croire en une personne mais c'est croire aussi en son enseignement car on ne peut séparer ce qu'il est de ce qu'il dit et ce qu'il dit de ce qu'il fait, choisir le Christ c'est aussi choisir son style de vie.

Cinquième voie, celle des actes des apôtres: "La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme". Ta foi a besoin de celle de tes frères, car on ne croit jamais seul, la foi est ecclésiale ou bien elle n'est pas. Si tu crois tout seul, ce n'est pas la foi de l'Eglise, c'est que tu t'es fabriqué ta foi, celle qui te convient qui ne te dérange pas trop, or la foi dérange toujours. Il faut alors vérifier que ton "je crois" corresponde bien au "nous croyons" de tes frères, de l'Eglise.

Enfin dernière voie pour lever ton doute,
vis la foi comme une joie !
Ne la vis pas comme une obligation,
Ne la vis pas comme une morale,
Ne la vis pas comme une tradition,
Ne la vis pas comme une ensemble de dogme,
Ne la vis pas comme un patrimoine familiale,
Ne la vis pas comme un code social,
Ne la vis pas comme la vivent les tristes bourgeois ou les conservateurs sclérosés (et je connais de très jeunes conservateurs de gauche comme de droite).
Non ! Vis la comme l'ont vécus les saints,
Vis la comme la suite joyeuse de ton "maître et Seigneur",
Vis la comme la seule aventure qui vaille la peine d'être vécue

Car la foi est une joie: "bienheureux ceux qui croient".

Abbé d'Artigue

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