ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Ils avaient tous des raisons pour que Jésus disparaisse, qu'il parte définitivement (en restant à Éphraïm) ou qu'il meure (s'il revient à Jérusalem)...

 

Les pharisiens tout d'abord. Ce Jésus leur faisait de la concurrence déloyale : il parlait bien, connaissait bien la Loi, et il l'expliquait mieux qu'eux. Les évangélistes notent, à propos de Jésus, « qu'il parlait avec autorité, non comme les scribes et les pharisiens. » (Mc 1, 22 ; Mt 7, 29). Il a donc du succès, les foules se déplacent pour l'entendre. Et en plus, il accomplit des miracles. Aussi sont-ils jaloux : que ce Jésus disparaisse, qu'il leur laisse reprendre la place qui leur revient. En plus, s'il n'y avait que cela... Jésus a dénoncé leur pseudo justice, leurs manières de se tourner vers Dieu ou d'accomplir la loi non pas par amour de Dieu, mais par orgueil et suffisance. Il avait dit : « Ne faites pas comme les scribes et les pharisiens, ils aiment se montrer aux autres » (cf. Mt 5, 20 ; 6, 5). Alors ce Jésus qui les appelle à se convertir, à s'ouvrir aux autres, qui va manger chez les païens et les publicains, ils n'en veulent pas. Mieux vaut que ce Jésus disparaisse.

Mais les pharisiens ne sont pas les seuls qui veulent voir Jésus disparaître. Le grand prêtre, Caïphe, le désire tout autant. Quel est son motif ? Il ne dit pas qu'il a quelque chose de personnel contre Jésus, qu'il a un motif particulier de plainte. Non, son motif est pour le bien des gens fréquentant le temple : « Il vaut mieux qu'un seul homme meurt pour le peuple et que l'ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11, 50). Remarquez, pour lui, cela revient à dire : pour vivre en paix, mieux vaut choisir César que Dieu. Mieux vaut une bonne alliance politique pour avoir le calme social, qu'une hypothétique espérance dans un salut qui vient de Dieu. D'ailleurs son parti, le parti des sadducéens, le parti des prêtres du temple, le rejoint tout à fait. Qui est ce Jésus qui a dit qu'il veut détruire le temple ? Qui est ce Jésus qui, à la suite des prophètes, remet en cause les offrandes du temple pour privilégier la miséricorde sur les sacrifices ? Qui est ce Jésus qui va louer la pauvre veuve d'avoir mis deux piécettes dans le trésor du temple, et trouver bien peu d'intérêt chez ceux qui mettent de grandes sommes dans ce même trésor ? Si tout le monde fait comme ça, plus l'entrée d'argent, plus de liturgie au temple, plus de beaux monuments, bref c'est la ruine. Mieux vaut donc que ce Jésus disparaisse.

Le parti des Hérodiens a le même objectif. Ce Jésus vient chambouler les relations délicates entre les différents partis politiques d'Israël. C'est déjà difficile avec Rome, alors un homme qui se prétend roi, ou qui laisse la foule l'acclamer comme telle – nous le fêterons demain lors des Rameaux – cela ne va rien arranger. Avec de tels comportements, qui va garder le pouvoir ? Les promoteurs d'Hérode veulent pouvoir continuer à administrer le pays sans que d'autres viennent mettre leur nez dans leurs affaires. Le bien réel des habitants, voilà une chose bien secondaire. Que Jésus vienne et qu'il remette en cause, comme Jean-Baptiste, la manière d'exercer le pouvoir, cela peut conduire les gens à vouloir reprendre la main sur leur vie. Non, mieux vaut que ce Jésus disparaisse.

Et ne pensons pas que Monsieur ou Madame tout le monde n'ont pas, eux aussi, quelque motif pour voir disparaître Jésus. Certains habitants de Jérusalem sont de pur judéen, et qu'un galiléen vienne faire la loi à Jérusalem, ce n'est pas possible. En plus, ils ont un drôle d'accent, et c'est à ça qu'on les reconnaît. C'est comme cela que la femme a reconnu Pierre quand il se chauffait près des gardes après l'arrestation de Jésus. D'autres l'ont entendu, et l'ont trouvé beaucoup trop exigeant : « Sa parole est rude ! Qui peut l'entendre ? » (Jn 6, 60). Bref, tous ont leur petite raison pour vouloir que Jésus, cet empêcheur de tourner en rond, disparaisse.

Or qu'est-ce que Jésus a annoncé, qu'est-ce qu'il a promis ? Tout simplement nous sauver, c'est-à-dire nous réunir, ensemble, avec Dieu, en Dieu. Ou en d'autres termes : nous faire voir Dieu. Car voir Dieu, ce n'est pas en voir seulement une image, mais c'est le connaître vraiment, être un avec lui, comme le Père et le Fils sont un. Dans sa passion se manifeste l'opposition radicale à cette reconnaissance de Dieu, à cette connaissance de Dieu. Tous les personnages qui mettent Jésus en accusation montrent qu'ils ont un cœur plein de ce qui ne devrait pas être. Ils sont pleins de jalousie, d'envie, d'égoïsme, ce qui les conduit à la haine, au dégoût, au rejet et au meurtre de Jésus. Ils ont leur cœur encombré d'une multitude de choses qui les empêchent de voir la simplicité du message de Jésus.
A l'inverse, Jésus a déclaré : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). C'est cette phrase que notre pape François a choisi comme thème pour cette journée de la jeunesse, qui tombe tous les ans aux Rameaux quand il n'y a pas de rassemblement en été. C'est cette béatitude-là que nous allons méditer durant ces deux jours.
Car partir en pèlerinage, c'est abandonner son confort, prendre et donner gratuitement du temps, quitter son chez-soi, laisser pour un temps ses connaissances, ses amis (pas tous, certains sont ici aussi), pour marcher vers le Christ avec des personnes que nous ne connaissons pas forcément. C'est le temps du « désencombrage » par excellence. Le Christ déclare heureux les cœurs purs, ceux qui acceptent de se donner à l'unique nécessaire qui est Dieu, ceux qui acceptent de ne pas vivre encombré, entravé, par ce qui ne peut pas les rendre libre et heureux. Ce pèlerinage culminera par la messe des Rameaux, où nous mettrons nos pas dans ceux du Christ qui va tout abandonner, jusqu'à sa propre vie, par amour pour nous. Il a tout donné pour que nous ayons cette vie reçu de Dieu.
Profitons donc de ce temps pour nous laisser purifier. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » Méditer sur la pureté, c'est voir ce qui me retient, ce qui m'encombrent, ce qui me prend la tête, ce qui est en moi et qui ne me nourrit pas. Si l'impureté peut être physique, corporelle, elle touche surtout l'esprit, car, comme le dit le Christ : « Ce qui sort de l'homme, [de son cœur,] c'est cela qui le rend impur » (Mc 7, 20).
L'impureté peut être dans l'ordre de l'avoir : toutes ces choses que je garde pour moi, surtout celles dont je n'ai pas besoin et qui m'empêchent d'avancer, mon égoïsme, mon désir obsessionnel de sécurité, de garder des choses, des « ça-peut toujours servir ».
L'impureté peut être dans l'ordre de ma relation à l'autre : ma volonté de passer avant l'autre, de rechercher sa propre gloire, de se placer dans le jeu politique pour mon intérêt propre. C'est également la jalousie.
L'impureté peut-être dans mon intelligence : c'est l'orgueil, qui conduit à ne pas se voir tel qu'on est réellement mais toujours en position de domination par rapport à l'autre. Mais c'est aussi la tristesse périodique, l'acédie, qui consiste à ne pas regarder les belles choses dans sa vie et s'attacher toujours à se morfondre sur ce que je n'ai pas, ce que je ne suis pas. C'est enfin toutes ces idées stériles que j'entretiens en moi et qui stérilisent mon action.

Dernière chose. Sur ce chemin, nous cheminerons avec les saints, qui nous ont montré la voie de la pureté. Leur vie nous montre que cette pureté n'est pas à conquérir par ses propres actes, par soi-même, met elle est à recevoir de Dieu. Seul quelqu'un qui est attaché à Dieu, qui veut mettre Dieu à sa première place, a un cœur pur. C'est une grâce à demander.

Frère François

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