ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

On ne choisit pas sa mort.
C'était la grande émotion en début de semaine, après la mort lundi de trois vedettes du sport dans un crash. Ce qui étonnant, c'est que, justement, le mardi, commençait le débat parlementaire de la loi sur la fin de vie. L'opinion publique dans notre pays est de plus en plus favorable à pouvoir choisir sa mort. C'est aussi le fruit de notre culture où la seule valeur vraiment absolue, c'est le pouvoir de choisir.


Vous avez peut-être été blessés par cette grande émotion alors que notre actualité enregistre avec une certaine indifférence les violences contre des chrétiens, et encore ce week-end, en Inde et au Pakistan.
Vous êtes peut-être troublés de voir que bon nombre de nos concitoyens seraient favorables à une légalisation de l'euthanasie.
Et vous vous dites peut-être que nos médias sont partiaux, que nos hommes politiques ne sont pas à la hauteur, que la culture est pervertie...
Ce pessimisme, ce découragement, quand il passe en nous, pourtant nous nous en consolons bien vite en profitant de ce qui est à notre portée ! "Le monde est pourri : allez, je vais regarder un film sur mon ordi. Les médias sont nuls : de toute façon, je ne m'y intéresse pas – il y a ce qui me plaît, ma famille et mes potes".
Coluche avait inventé un personnage de clochard alcoolique qui disait : « La société ne veut pas de nous ? Ça tombe bien ! Nous non plus, on veut pas d'elle ! » Et cela nous traverse parfois, catholiques, un peu ou franchement : « le monde ne veut pas de nous ? Ça tombe bien ! Nous non plus, on veut pas de lui ! »

Sauf que cette attitude n'est pas catholique, pas chrétienne.
Quelle est alors l'attitude chrétienne dans le monde ? Voici trois points de repère que nous donnent les lectures de ce jour.

1. Dieu agit dans l'histoire
C'est ce que nous apprend le livre des Chroniques. C'est un livre d'histoire où le peuple d'Israël relit dans son passé comment Dieu l'a conduit. Ce que nous apprend la Bible, c'est que Dieu agit dans l'histoire. Et Israël relit aussi le négatif – être chassé, être exilé, voir Jérusalem détruite. Il ne relit pas seulement ce qui lui arrive, mais aussi ce qui arrive dans le monde où il est : l'arrivée de Cyrus, roi de Perse, qui va renvoyer Israël sur sa terre. « Le Seigneur a inspiré Cyrus, roi de Perse. » Quelle audace ! Dieu n'agit pas seulement dans les limites d'Israël, ou par analogie, dans les limites de l'Église : il agit aussi dans le monde, par le monde, pour conduire son peuple.
Et nous ? Est-ce que nous apprenons, de ce qui se passe, comment Dieu nous conduit ? Est-ce que je suis disposé à comprendre l'action du Seigneur dans l'histoire ? Ou est-ce que je reste bien centré sur ma vie et assez indifférent à ce qui se passe autour de moi ?

2. « Dieu a tant aimé le monde »
C'est sans doute ce qu'il y a de plus fondamental, de plus bouleversant dans la foi chrétienne.
L'attitude que nous connaissons de Dieu, ce n'est pas un mépris, pas une indifférence, pas non plus une sorte de test pour faire le tri....
Dieu aime le monde – « il a donné son Fils unique pour que, par lui, le monde soit sauvé ».
Face au Christ, face au témoignage que les chrétiens rendent au Christ, il y a un jugement. Pas un jugement suivi d'une condamnation ou d'une récompense : ce sont les jugements humains qui sont si définitifs. Le jugement est d'accueillir ou de rejeter cet amour donné et gratuit. Certes, ils sont nombreux celles et ceux qui le dédaignent ou qui s'en tiennent loin, de peur sans doute de devoir bouger de leur égoïsme tranquille. Quelque part, ils pressentent que, à cette lumière du Christ qui transparaît dans la vie chrétienne, la façade va se lézarder... « ils n'ont pas préféré la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises », au moins en partie, et qu'ils le savent.
Mais la possibilité est toujours ouverte de préférer la lumière. C'est la miséricorde de Dieu.

Cette expérience de la miséricorde, Paul la résume dans une formule magnifique :
« Dieu est riche en miséricorde : à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c'est pas grâce que vous êtes sauvés. » La gratuité d'un don ; être aimé ; être touché dans le cœur de ma personne, être réorienté depuis la racine vers la vie, au-delà de ce qui me paraît « la vie », vivant, cool, et qui, bien souvent, passé le coup de speed, n'est ni vital, ni vraiment vivifiant pour ma personne.
Vous êtes les témoins de la miséricorde de Dieu pour le monde.
Cherchez cette expérience en vos vies, creusez-la. Cherchez le Christ dans vos vies et dans le monde. Le Christ a touché vos vies pour vous faire avancer dans cette vie avec lui. « Il nous a donné la vie avec le Christ » ; « par grâce – gratuitement- » ; « il n'y a pas en tirer orgueil ». Dieu ne vous a pas sauvés de loin. C'est dans une communion du Christ avec chacune et chacun de vous qu'il vous sauve. Bien sûr, on peut se dire :
« Je n'ai pas que ça à faire » - il n'y a rien de plus important pour ta vie.
« Je ne suis pas sûr, je ne sais pas trop où je vais » - c'est lui qui vient, laisse-le te rejoindre.
« Je suis pas capable, un peu tordu quelque part peut-être, je n'ai pas les forces » - par grave, il te prend quand même.

3. Au travail !
Si la miséricorde vous gagne, si l'amour de Dieu pour le monde vous gagne, vous ne resterez pas les bras croisés. Dans l'Évangile selon S. Jean, Jésus dit : « mon Père est tous les jours au travail, et moi aussi je suis au travail. »
Que faut-il faire pour travailler à ce que Dieu fait ? Jésus a une réponse merveilleuse à cette question : « ce que Dieu fait, c'est que vous croyiez en son Fils ». Il n'y a pas d'autre chemin que de s'enfoncer dans un partage de vie : ma vie ouverte à toi Seigneur, et ta vie, ce que tu fais, s'éveille comme un sens spirituel et un dynamisme en moi.
Et nous avons entendu qu'il y a «des œuvres bonnes que Dieu a préparées pour nous, pour que nous y marchions. » Il faut les trouver ! À vous de les trouver ! Pour cela, il y a l'expérience de l'Église, et aussi vos intuitions. Mais il n'y aura rien de tout cela si nous restons dans un petit confort personnel mesquin.

Je finis par une interpellation :
il va y avoir des élections. Vous allez voter. Parce que vous avez la chance de pouvoir voter et que ce n'est pas un trucage comme dans certains pays. Et parce que vous pouvez voter en tant que chrétien. Il n'y a pas « un » parti catholique. C'est justement notre situation dans le monde : nous ne sommes pas une communauté pour elle-même qui saurait tout à l'avance et n'aurait qu'à prendre le pouvoir.... Non ! Nous sommes les disciples de celui qui s'est abaissé, qui a rejoint la vie de ce monde. Vous êtes à son école et « il n'y a pas en tirer orgueil ». Alors, creusez dans vos vies la place pour son Esprit, et prenez votre place dans et pour ce monde.

Frère Grosperrin

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