ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Il y a donc trois sacrifices véritables qui s'appellent et se fécondent.
Sur une plage de Lybie, 21 coptes, non pas des "ressortissants égyptiens" seulement comme l'affirmait notre président mais des fils de Dieu, des chrétiens, nos frères dans la foi. 21 jeunes hommes sont à genoux, derrière eux des hommes prêts à les égorger, parce qu'un Dieu, leur Dieu leur aurait demandé de le faire et il sont égorgés au nom de leur foi.

Ces 21 hommes, nos frères sont morts en martyrs, le sacrifice de leur vie, leur sang versé est semence de chrétienté a dit Tertullien il y a 1800 ans et c'est encore vrai aujourd'hui. Contrairement au mensonge du monde, la violence ne gagne jamais, ils sont les grands vainqueurs.
Au Nigeria ou en Turquie, à Kaboul ou Peshawar des hommes, des femmes, des enfants parfois commettent des attentats suicides et on nous rapporte alors qu'eux aussi meurent en martyrs, on nous dit qu'eux aussi se sont sacrifiés pour une cause.
Qu'y a-t-il de commun entre ces martyrs ? Qu'y a-t-il de commun entre ces sacrifices ? Qu'y a-t-il de commun entre celui qui se tue dans le but de tuer et celui qui donne sa vie.
Rien ! absolument rien ! Le seul lien qu'on puisse voir c'est la négation, le travestissement, la profanation de l'un par l'autre.
Le sacrifice des égorgeurs ou des kamikazes appartient à un temps où Dieu ne s'était pas révélé, où il y avait encore des sacrifices humains, mais notre Dieu ne veut pas de sacrifices humains. Dieu ne veut pas la mort, grave cela dans ta tête, Dieu ne demande jamais la mort de qui que ce soit, pas même de son fils. Car "Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens".
On nous parle de martyrs indifféremment, mais il y a deux sortes de martyrs bien différents: Celui qui se tue pour en tuer d'autres, il meurt donc en fou, en terroriste, il se fait le serviteur du diable, de celui qui veut tout anéantir, tout détruire; et il y a ces 21 hommes qui meurent à genoux, sans baisser la tête: on voudrait qu'ils renoncent à leur foi, mais eux sans haine ni violence, ils gardent jusqu'à la dernière seconde le Nom de Jésus sur leurs lèvres, ils gardent le regard tourné vers le ciel vers leur Dieu et notre Dieu, ils donnent leurs vies comme leur maître et ainsi témoignent de celui qu'ils aiment, jusqu'au bout.

Il y a donc trois sacrifices véritables qui se répondent et s'éclairent.
Il y a le sacrifice d'Abraham "Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l'offriras". Ce que Dieu demande à Abraham ce n'est pas la mort de son fils, c'est qu'il offre son fils, le fils de la promesse, le fils sur qui repose toute l'espérance du peuple et tu crois que Dieu qui a donné ce fils à Abraham et à Sarah, tu crois que Dieu qui est fidèle à sa promesse, reprendrait sa parole ? Tu crois que Dieu comme un metteur en scène sadique se jouerai d'Abraham et mettrait sa foi à l'épreuve ? Quelle pauvre image te fais-tu de ton Dieu, qui est ton Dieu ? Un dieu cruel ? Dieu serait-il donc un égorgeur, Dieu demanderait il à ses fils, à Abraham d'être un égorgeur ? C'est ce Dieu dans lequel tu crois ? Tu crois que c'est ce sacrifice que Dieu te demande ?
Tu m'étonnes qu'alors, si c'est de ce Dieu dont nous sommes témoin, personne ne veuille le suivre. Tu m'étonnes que si c'est comme cela que tu envisages ta foi tu ne puisses pas être un témoin rayonnant, resplendissant, transfiguré de ton Dieu. Ce Dieu n'est pas notre Dieu. Dieu demande à Abraham qu'il offre son fils et c'est bien différent, car le mouvement même de la vie, de ta vie ne peut être qu'une vie d'offrande, tout ce que tu gardes pour toi tu le perds irrémédiablement et tout ce que tu donnes, tout ce que tu offres tu le gagnes définitivement. Ce qu'il attend de toi ce n'est pas que tu te sacrifies et que tu meurs mais que tu t'offres et que tu vives.

Il y a donc trois sacrifices véritables qui nous convertissent et nous transfigurent.
Car le carême est un temps de sacrifice et de conversion et peut-être que la première conversion que nous devons vivre et celle de notre compréhension du sacrifice. Car tant que tu envisages le carême comme le temps du sacrifice douloureux, une pénible quarantaine (oui tu sais au début tu te fais une liste longue comme le bras de tous les trucs dont tu vas te priver, de toute les bonnes choses dont Dieu va te priver, oui parce qu'on a vite fait, une fois le premier élan passé de se décourager et d'accuser Dieu de nous empêcher de vivre), tu m'étonnes qu'ainsi aveuglé tu n'arrives à rien d'autre qu'à te désespérer ou à te durcir ? Faire un sacrifice comme un exploit, comme un défi, comme une épreuve ce serait un peu comme si Dieu te demandait: "donne moi ton fils, oui sacrifie-le."
Fausse idée de Dieu, fausse idée de la foi, fausse idée du sacrifice et du carême.
Du coup quand on se trompe autant on n'a pas envie de s'engager dans cette voie, mais Dieu ne veut surtout pas que tu t'engages dans cette voie, Il veut que tu vives et que tu te convertisses.
Et la conversion commence toujours par la conversion du regard. Convertis ton idée du sacrifice, sinon tu passeras à côté de ta vie chrétienne. Car c'est certain que dans ta vie le sacrifice se présentera, car on ne fait rien de grand sans sacrifice, ne croit pas ceux qui te disent, "vas y fais toi plaisir, jouis sans entrave".
Tu auras à sacrifier des choses, de bonnes choses:
Une soirée avec tes potes pour honorer tes engagements,
Tes loisirs pour la réussite de tes examens,
Tes nuits pour ton enfant,
Ton confort pour ta famille,
Ta réussite mondaine pour te donner à tous dans la vie consacrée ou le sacerdoce.
Et tant que tu verras ces choses comme quelque chose qu'on t'arrache de force, quelque chose que tu dois abandonner douloureusement alors tu souffriras. Tant que tu restes braqué sur ce que tu donnes, au fond tant que tu te regardes toi-même et ton sacrifice, tu pleureras. Mais dès que tu regardes plus loin, plus haut, dès que tu regardes pourquoi tu le fais, à qui tu l'offres, dès que tu regardes non pas ce que tu perds mais ce que tu gagnes, dès que le sacrifice se fait offrande généreuse, dès que tu passes de l'ablation à l'oblation alors ton regard et ta vie sont transfigurés.
Ton sens du sacrifice est alors converti, ton regard sur Dieu renouvelé et ta propre foi n'est plus une course d'obstacles horribles où il faudrait que tu abandonnes tout ce à quoi tu tiens, mais elle devient la suite, libérée, joyeuse de Dieu fidèle et constant.
La vie, ta vie n'est faites ni pour être prise, ni pour être gardée mais pour être donnée c'est le sens du sacrifice d'Isaac, c'est le sens du sacrifice de Jésus Christ "ma vie nul ne la prend mais c'est moi qui la donne". C'est le sens de ta vie.
Fais de ta vie un sacrifice, un sacrifice de louange.
Le jour de ton mariage tu le diras à ton épouse, à ton époux "je me donne à toi et je te reçois", je te donne ma vie, je t'offre tout. Et de ce sacrifice jaillit la vie car c'est en donnant sa vie qu'on donne la vie.

Abbé d'Artigue

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