ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

« Revenez à moi de tout votre cœur », Oh oh je suis là, c'est moi, je suis revenu. Ben oui, est-ce qu'on a vraiment besoin de revenir à Dieu, franchement, nous on y est à l'église, c'est bon c'est pas à nous de revenir. Alors si on vient (en plus en semaine, j'veux dire on n'est pas obligé, c'est du rab qu'on fait ce mercredi) et ben si on vient pour se faire sermonner alors qu'on aurait certainement mieux à faire c'est bon, on repart. C'est plutôt à tous ces gros païens qui se sont trompés d'un jour et qui font gras ce mercredi des cendres que Joël devrait souffler dans les bronches histoire de leur rappeler les fondamentaux du carême : le jeun, l'aumône et la prière.


Mais il ne suffit pas d'être là de corps, il faut aussi y être de cœur, combien de fois nous sommes là à la messe bien, pieu, digne, silencieux parfois même franchement silencieux, limite endormi, sans y être: notre corps est là et notre cœur est ailleurs, notre cœur ou notre imagination se promènent à droite à gauche en train de zieuter la voisine trois rangs devant ou les ampoules grillées de la daurade. « Revenez à moi de tout votre cœur » nous crie Joël.

Mais plus profondément qu'est ce qui nous éloigne fondamentalement de Dieu, c'est pas cette légère distraction c'est le péché.
"Ouh le vilain mot, mon père faut pas dire ca, faut pas dire "péché", faut nous encourager, nous dire que c'est bien, qu'on est bon que c'est déjà pas mal de venir à la messe un mercredi des cendres, que pour le carême faut pas en faire des tonnes, faut pas faire peur aux gens comme ça avec des mots de l'autre siècle, le péché ! Mon père vous avez une église pleine si vous voulez la garder pleine, il va falloir être conciliant et dire des choses gentils... et plus parler de péché".
Eh ben les gars ce soir vous êtes mal tombé vous avez entendu le psaume 50: « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j'ai péché ». Pourquoi est ce qu'il fait monter vers Dieu cette plainte ? Parce qu'il ne peut pas vivre loin de Dieu, parce qu'on ne peut pas vivre loin de Dieu.
"Allez mon père faut arrêter de tout dramatiser, on peut très bien vivre loin de Dieu, regardez les gars de tout à l'heure, nos païens ils vivent très bien loin de Dieu, ils s'en plaignent pas, ils sont juste en train de siroter une petite bière, ils ont pas l'air heureux ?"
Non c'est pas ça la vie, la vie à laquelle Dieu nous appelle c'est bien plus que ça, c'est de vivre avec lui, de vivre près de lui. Et quand Dieu crie « revenez à moi de tout votre cœur » c'est pas d'abord aux païens qu'ils s'adressent mais à ceux qui le connaissent, à tout ceux qui un jour ont vécu prés de lui et qui se sont éloigné, que le péché à éloigner, ils s'adressent, ils appellent tout ses enfants, c'est toi qu'il appelle ce soir. Reviens à moi et pour ça tu as quarante jours.
Prenons une parabole maritime (Les bretons et autres marins de l'assemblée excuseront les approximations d'un pauvre pyrénéen pour qui l'océan est toujours un lieu lointain et mystérieux): Un bateau flambant neuf part de Bayonne pour une saison de pèche, il sait qu'il ne reverra pas les côtes du pays basques avant plusieurs mois. Au fil de semaines de mer les coquillages viennent se coller à la coque, puis les algues et autres saletés des profondeurs tout ca ralentissant insensiblement la course du navire et plus les semaines passent plus ca s'accumulent et plus ça devient sensible qu'on rame. Pour peu que vous y ajoutiez quelques tempêtes qui seraient venues déchirer la voilure, vous voyez que le bateau qui était fièrement parti de Bayonne il y a quelques mois rentre en piteux état au port. Et si on fait rien, si le patron récupère son poisson et renvoie tout le monde en pleine mer aussi sec, ça ira de mal en pis. Du coup le bon marin offre à son navire un carénage, une fois l'an il met tout le monde au sec et il astique la coque histoire de virer tout les importuns qui se seraient incrusté, histoire surtout de regagner en performance. Eh bien le carême c'est un peu le temps du carénage spirituel. Quarante jours pour se remettre à flot, quarante jours pour fourbir nos armes et repartir de plus belle pour une nouvelle campagne. Tout au long de notre année nous laissons tellement de saletés venir encombrer notre vie que notre marche à la suite du seigneur ralentit, insensiblement, sans même qu'on s'en rende compte. Tu veux que je te donne quelques symptômes du ralentissement : "je rame j'arrive pas à prier, c'est le désert, ça me gonfle la messe, tiens ça doit faire trois dimanches que j'y ai pas été d'ailleurs, il me gave le pape avec ses préceptes !". Ca c'est les algues et les coquillages de tout à l'heure ou en terme spirituel c'est le péché, c'est lui qui nous ralentis, (attention il te coule rarement d'un coup d'un seul), il entrave ta marche, il te décourage, il t'épuise.

Du coup pour ce carême l'église qui est une bonne mère te propose un petit carénage, pas besoin de t'armer de ponceuse, de racloir, d'éponge ou de karcher: juste le jeun, l'aumône et la prière. Ce sont les instruments de ton carême, les armes de ton carême, tu te dis qu'avec de telles armes tu ferais pas de mal à une bigorneau, elles te paraissent un peu inoffensive et t'as raison, c'est pas aux bigorneaux et autres bulots qu'on s'attaque, c'est au péché, à ton péché et c'est toi qui mène le combat avec les moyens que te donne l'Eglise et avec la grâce de Dieu. Tu veux que je te dise quand le démon te voit se pointer avec l'artillerie lourde, tes bonnes résolutions de carême : "alors je prierai une heure par jour, je lis la bible intégrale, je jeune tous les soirs au pain et à l'eau, je regarde plus la télé, ni les réseaux sociaux, je vais visiter tous les vieux de mon immeubles, je donne la moitié de mes biens aux pauvres et je me lève chaque nuit à trois heure pour réciter le rosaire", il se marre, il se dit trop facile à faire tomber celui qui se la pète, tandis que quand il te vois arriver avec ces pauvres moyens, ces simples moyens -le jeun, l'aumône et la prière-, il tremble (y'a rien qui fait plus peur au démon que l'humilité, la simplicité et la pauvreté).

Alors entre humblement dans ce carême, entres-y avec un cœur de pauvre, un cœur qui attend tout de Dieu, désire le Seigneur, désire-le de toute ton âme.
Le jeun te rendra plus simple,
L'aumône te rendra plus attentif,
La prière te rendra plus humble.
Tu as quarante jours pour revenir au Seigneur, il t'attend.

Abbé d'Artigue

 

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