ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

L'autre jour au marché de noël, place du capitole, je tombe sur un vieux laïcard, un militant de la libre pensée, vous savez de ceux qui tremblent devant la crèche au point de vouloir les éradiquer de nos rues, ceux qui ont peur que l'enfant Jésus renverse la république, ceux qui s'effraient devant l'âne et le bœuf, qui voient trembler la laïcité devant Marie et Joseph..

Notre laïcard nourri à la dépêche depuis sa plus tendre enfance, lecteur assidu de Charlie hebdo, qui fait gras tous les vendredis de carême, bouffeur de curé devant l'éternel, je le voyais complètement perdu, horrifié: "Non mais vous avez vu, non mais c'est un scandale, je vais me plaindre à la HALDE ou à la mairie de Toulouse ou même directement au ministère de l'intérieur et des cultes, au haut comité de vigilance pour la défense de la laïcité, à, à... je sais pas qui mais c'est un scandale, vous avez vu dans les rue de Toulouse, toute ces décorations partout, des guirlandes, des lumières, le public, le privé, l'administration y'a pas un magasin qui y coupe, tout le monde s'y met ! C'est un scandale et je vais devoir supporter ça jusqu'au 25 décembre. Tout ça pour noël, tout ça pour fêter la naissance de Jésus Christ ! Mon âme, mon cœur, ma fibre laïque et républicaine suffoque, étouffe, ce déferlement de faste, tout ça pour Jésus Christ ! Notre république laïque est tombé bien bas, quelle régression. Même au temps de ma jeunesse, même au temps de l'Église triomphante (je veux dire avant le concile), y'avait pas tant de tapage autour de noël ! Tout fout le camp, la république est en danger, soupirait-il, au bord du gouffre". Heureusement un jeune païen qui passait par là s'arrête et lui remonte le moral : "Ah mais non je vous rassure tout de suite monsieur, c'est pas du tout pour Jésus tout ça, c'est juste pour noël !". Là le vieux laïcard tombe des nues devant tant d'ignorance crasse ! Ben oui parce qu'il a eu beau être biberonné à la dépêche du midi, il est aussi profondément épris de culture française (c'est un de ces hussard de la république, instituteur, figure de proue de l'instruction publique). Il sait que depuis plus de 1500 ans en France le 25 décembre et à peu près partout dans le monde on fête noël et que Noël c'est une fête catholique, il sait bien que noël et Jésus c'est tout un, il sait bien que la seule chose qu'on fête à Noël c'est la naissance de Jésus Christ, ça le fout hors de lui mais il a finit par s'y habituer. Alors notre laïcard, professeur devant l'éternel, perdu au milieu du marché de noël comme un ethnologue au cœur de la foret équatoriale, tient entre ces mains un de ces êtres étranges "un jeune moderne" et devant une telle opportunité il ne peut s'empêcher de pousser plus avant son enquête, il lui pose deux trois questions :
"Dis-moi, tu me dis que noël ça n'a rien a voir avec Jésus Christ..",
".. Jésus quoi ?"
"Oui c'est bon laisse tomber, ça n'a rien à voir avec la religion pour toi ?"
"Alors ça non, rien à voir",
"Mais alors tu fêtes quoi à noël ? Ca sert à quoi toutes ces guirlandes, ces lumières, ce marché place du Cap, les gros bonhommes rouges qu'on voit sortir d'un peu partout ?"
"Ah ouais tout ça ! C'est juste pour faire des cadeaux"
"Des cadeaux ? Mais pourquoi ?"
"Parce que c'est noël, 'tain, t'es relou avec tes questions débiles, bon tu me lâches, faut qu'j'aille acheter des trucs" ... fin de l'enquête.
Notre ethnologue laïcard, y'a 5 mn il était révolté mais maintenant il est désespéré. Il est désespéré parce que finalement c'est bien plus désespérant de faire la fête, de fêter noël sans savoir pourquoi on fait la fête, D'avancer dans la vie sans savoir pourquoi on vit, d'avoir remplacé la crèche et l'enfant Dieu, Jésus Christ, par le dieu argent et les nouveaux temples de la consommation. Et c'est bien cette impression que lui a laissé le jeune gars de tout à l'heure, l'impression d'une fuite en avant, l'impression d'un grand vide, d'un grand désert.
Alors il continue à se balader encore un peu au milieu du marché de noël (qui n'a plus rien de noël et tout du marché) au milieu des baraques à frites et du vacarme assourdissant des bateleur et soudain il tombe sur un vendeur vêtu un peu bizarrement et qui criait au milieu du désert de la ville : "Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers." Il était habillé comme un clochard, personne ne prêtait attention à lui en fait, les gens était gavés de churros, les bras chargé de paquets cadeaux, j'avoue je sais pas bien ce qu'il foutait là, il était grave à coté de la plaque avec son "préparez le chemin du seigneur": mais tout le monde s'en fout de préparer le chemin du seigneur, y'a quand même plus urgent à 20 jours de noël que de préparer le chemin du Seigneur, ce qu'il faut c'est se gaver, c'est acheter, acheter, acheter, consommer, payer... tout ça mais certainement pas préparer le chemin du Seigneur !
Mais le plus drôle c'est que notre clochard de tout à l'heure, Jean-Baptiste (vous l'avez reconnu, sa voix doit vous être familière) eh ben il avait rien à vendre, alors qu'est ce qu'il fout là ? Sa baraque elle était désespérément vide, alors moi je veux bien m'arrêter mais pourquoi ?

Arrêtes-toi, arrêtes-toi auprès de Jean-Baptiste, arrêtes-toi et écoute-le, il n'a rien à vendre, bien entendu parce que nous savons depuis 2000 ans que ce qu'il y a de plus précieux ne se vend pas, ne s'achète pas, le plus précieux se reçoit, s'accueille avec des cœurs de pauvres. C'est ça que te crie Jean-Baptiste, c'est ça qu'il crie depuis 2000 ans dans tous les déserts, c'est ça qu'il crie aujourd'hui dans le désert de Toulouse (parce que oui contrairement aux apparences, Toulouse est un immense désert, un lieu stérile).
"Voici que j'envoie mon messager en avant de toi" nous dit saint Marc, alors arrêtes-toi auprès de Jean-Baptiste, arrêtes-toi il a quelque chose à te donner, quelque chose à te dire, écoute-le, lui à qui a été adressée la parole de Dieu, écoute-le crier. Il crie parce qu'il faut bien couvrir le bruit de tout ce qui parasite la parole de Dieu, écoute-le et fais taire tout ces bruits extérieurs et intérieurs, fais-les taire et rends-toi attentif à la Parole, même pas à celle de Jean-Baptiste mais à celle qu'il a reçu, à la parole de Dieu. C'est ça qu'il veut dire quand il dit "préparez le chemin du Seigneur", il y a bien des choses à préparer dans ta vie pour accueillir le Seigneur qui vient, pour l'accueillir lui qui vient encore une fois à Noël, lui qui vient dès ce soir de la manière la plus humble, la plus discrète qui soit dans l'eucharistie, sous l'apparence du pain et du vin. Accueille-le.

Deux semaines, encore,
20 jours pour prêter plus d'attention à la douce lumière du Christ qu'aux guirlandes des rues,
20 jours pour écouter la parole que Dieu t'adresse comme à Jean-Baptiste,
20 jours pour préparer ton cœur, à la venue de ton sauveur
20 jours pour aplanir la route au Seigneur,
ne perds pas de temps.

Abbé d'Artigue

 

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