ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Ah elle est belle la justice de Dieu ! Vous avez lu, vous avez entendu notre évangile, il instaure l'injustice et son corollaire: la lutte des classes, ou plutôt la lutte des talents. D'abord il ne donne pas autant à chacun: pourquoi est ce qu'il donne 5 à l'un, 3 à l'autre et 1 au troisième ? C'est dégueulasse, sur quoi il se fonde pour donner plus à l'un et moins à l'autre ? Et le pompon c'est qu'au final, il retire tout à celui à qui il avait le moins donné, enfoiré ! Non décidément les gars on ne part pas avec les mêmes chances !
"C'est vraiment trop injuste !"
"Tais toi Caliméro !"


Et c'est vrai que Dieu ne donne pas la même chose à chacun, regardez autour de vous, c'est vrai qu'il ne fait pas de nous une compagnie de clone, copie conforme les uns des autres, (ce serait d'ailleurs d'une monotonie mortelle), il donne à chacun certaines qualités... et certains défauts, de manière à ce que nous soyons complémentaires les uns des autres, de manière à ce que nous ayons besoin les uns des autres, de manière à créer un tableau harmonieux dans lequel chacun trouvera sa place. Non seulement chacun y trouvera sa place mais personne ne pourra y prendre la place de l'autre, c'est-à dire que la mission que Dieu te donne (oui parce qu'un talent c'est pour une mission) personne d'autre que toi ne pourra la remplir et si tu ne tiens pas ta place il manquera quelque chose au tableau que notre Dieu veut composer. Ce tableau c'est son Église; si tu n'y prends pas ta place, tu manqueras. Le service qu'on te demande au début ou à la fin de la messe c'est pas juste pour t'emmerder, c'est parce que tu as ta place. Ce que nous appelons donc trop vite une "inégalité" n'est en fait qu'une différence.

Mais le cœur de cet évangile, il n'est pas tant dans cette différence que dans l'attitude des serviteurs. Écoute celui qui avait reçu un seul talent : "Je savais que tu es un homme dur... j'ai eu peur, je suis allé enfouir ton talent dans la terre". Il a eu peur parce qu'il savait que c'est un homme dur ! Attends t'es sûr que tu le connais bien le maitre, est ce que nous avons une seule raison d'avoir peur de notre Dieu (parce que c'est de Lui dont il s'agit et de nous aussi) ? Est il un Dieu dur ? Non certainement pas, notre Dieu est un Dieu juste (pas de la justice des Hommes d'accord, pas de cette justice mathématique, froide, implacable, ok), un Dieu plein de tendresse, nous n'avons pas en avoir peur. La seule chose qu'il cherche c'est ton bonheur, et ce bonheur il ne veut pas le faire malgré toi, il ne veut pas le faire sans toi, il ne veut pas te l'imposer, il veut que nous participions à sa réalisation, il veut même que nous en soyons les artisans, ce bonheur il nous le confie, comme ces talents.
Et c'est là que se distinguent les deux attitudes des serviteurs : la peur ou la confiance.
La peur de la raclée : elle nous fait enterrer notre talent, elle nous fait enterrer notre bonheur pour être certain qu'il ne grandisse pas et de fait, il ne grandira pas. La peur nous fait toujours nous recroqueviller sur nous-mêmes, elle nous interdit la croissance, elle nous interdit le bonheur.
Tandis que la confiance ça change tout. D'abord la confiance que Dieu nous fait : Dieu nous confie des talents, il nous les confie, c'est donc qu'il a confiance !

Mais plus encore, remarquez qu'il ne nous charge pas d'un poids que nous ne pourrions pas supporter : "Il donna à chacun selon ses capacités": ce talent que Dieu te donne, cette confiance qu'il t'accorde elle est à ta mesure, elle te fait grandir. Dieu est un bon pédagogue, il sait que pour grandir nous avons besoin qu'on nous fasse confiance, dans les petites choses d'abord puis, petit à petit, au fur et à mesure de nos réussites (oui parce qu'avec lui nous allons de victoires en victoires !) au fur et à mesure, il nous en confie de plus grandes. Cette règle est d'une importance capitale pour ta vie spirituelle : si tu veux progresser, si tu veux grandir, il faut commencer par être fidèle dans les petites choses, (pas la peine de partir comme un tabanar au retour des JMJ qui va servir les pauvres, faire une heure de prière le matin, son chapelet dans le bus en allant en cours, à la messe tous les soirs à saint pierre, le lundi à la chorale, le mardi In'théo, le mercredi Ephata... et un mois après le retour des JMJ plus rien, même pas un signe de croix au lever). Commence par être fidèle dans les petites choses (Retiens ça: "peu, bien et jusqu'au bout") pour que le jour ou Dieu te demandera une grande chose tu sois prêt, tu en sois rendu capable.
Croyez-vous que le "oui" de la Vierge Marie à l'Annonciation, lorsque Dieu lui demande d'être la mère de son fils (c'est pas rien ça quand même, c'est pas de la roupie de sansonnet), croyez-vous que ce "oui" soit le premier ? Ben Non, il est le résultat d'une longue préparation, d'une longue série de petits "oui" quotidiens, qui ont préparés ce grand "oui". C'est parce que Marie a été fidèle en peu de choses, dans ces petites choses de la vie quotidienne que Dieu a pu lui en confier beaucoup.

Pour nous il en va de même, c'est en étant fidèle chaque jour à ce que Dieu nous demande: ce qu'on appelle habituellement notre devoir d'état, et pour toi étudiant ton devoir d'état c'est assez simple, c'est d'étudier, assister à chacun de tes cours, réviser, rendre tes devoirs à l'heure, et non seulement les rendre mais obtenir la meilleure note, pas juste la moyenne, s'en contenter c'est se contenter de la médiocrité. C'est là que nous grandissons en sainteté, pas en faisant des trucs de dingues. Tu veux sauver le monde et l'Eglise, éradiquer toute injustice sur la planète, aller au secours de toute misère, patience, ça viendra, ça viendra si et seulement si tu commences maintenant, ici à Toulouse ! Commence par faire ce que tu dois, ici, commence par tenir ta place maintenant, demain on verra. Car demain appartient à Dieu, peut-être te confiera-t-il d'autre talents à faire fructifier, peut-être te donnera-t-il une autre mission ?
Il t'a fait confiance... fais-lui confiance, il t'accompagne chaque jour sur ce chemin de croissance spirituelle, n'enfouie pas tes talents pour laisser grandir ta peur, enfouie plutôt ta peur et laisse grandir tes talents, n'ai pas peur, aie confiance il te mènera tranquillement à la sainteté.

Abbé d'Artigue

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