ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

 

L'autre jour, j'entendais quelqu'un qui se réjouissait de la raréfaction des catholiques, il y voyait là un signe de santé de la foi, un excellent catholique d'ailleurs, il me disait : "Bien sûr nous sommes moins nombreux le dimanche à la messe, mais la qualité est bien meilleure, les gens qui sont là sont hyper motivés, des catholiques conscients de leur foi, qui ne vont pas à la messe comme des veaux par une sorte d'automatisme social : l'élite je vous dit, la crème de la crème".

Je ne pouvais pas m'empêcher de penser au dedans de moi que l'idéal serait finalement qu'il ne reste plus qu'un catho et le prêtre, là nous serions parvenu à l'écrémage optimum et nous tiendrions l'élite. L'évangélisation serait une sorte d'immense campagne de sélection, le grand casting pour obtenir la nouvelle star, la dernière star devrais-je dire.
Est-il heureux que nous soyons si nombreux, c'est pas sûr ?
Faut-il nous réjouir que notre église soit pleine ? Et bien, à écouter la parabole que nous venons d'entendre, la question vaut la peine d'être posée.

D'ailleurs si quelqu'un y comprend quelque chose à cette parabole qu'il me le dise, car le Seigneur semble assez inconstant, d'abord il invite les happy few qui refusent, ensuite les pouilleux trop heureux qui acceptent et là il en vire quelques uns qui font tache ??
D'ailleurs rassurez-moi il y a quelques temps que j'ai pas été au Purpple, mais les videurs, ils sont toujours à l'entrée de la boite ? En général le videur c'est le gars qui te dévisageant et t'inspectant de pied en cap pas scrutant tes pompes miteuse et ton pauvre jean moisi te dit avec un sourire sadique "Bonsoir jeune homme vous avez une invitation, vous êtes un ami ? (on t'avait dit que c'était
ouvert comme soirée), euh désolé ce soir c'est soirée privée", soirée select pour happy few ! Ca c'est là première version de l'évangile. Tu veux rentrer mais tu peux pas, t'es pas de la famille. Non parce que je comprends pas, là dans l'évangile le videur il est à l'intérieur.

Donc revenons à notre seigneur inconstant : ce qu'il veut c'est que sa soirée soit réussie et que la salle soit remplie, du coup il invite : ses potes d'abord, les invités d'honneur, mais voila ils viennent pas, ils doivent avoir mieux à faire. Du coup il bat le rappel, il envoie ses serviteurs ramasser tous ceux qui trainent, les bons les mauvais, nous tous, nous qui sommes entrés, qui sommes là ce soir et la salle des noces est remplie (ah oui, les pouilleux dans la parabole, c'est nous).
Jusque là ça va ; mais je vous le disais dans notre parabole, le videur il est à l'intérieur, du coup peut-être qu'un d'entre nous risque de se voir taper sur le coin de l'épaule : "Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir la tenue de noce ? Jetez-le dehors, pieds et poings liés, dans les ténèbres. Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus", quoi on est vraiment trop nombreux dans l'église pour se payer le luxe d'en virer ? Il avait qu'a pas inviter les pouilleux si il voulait pas de gars mal sapés ? Mais il doit y avoir une feinte dans notre parabole, c'est pas possible ! Un truc nous a échappé et, pour le trouver, appelons deux personnages en renfort, deux caricatures que le Seigneur voudrait nous dissuader d'imiter : l'arrogant et le parvenu.
L'arrogant, c'est celui qui a toujours mieux à faire que de fréquenter Jésus et son entourage, ce milieu si mêlé, si médiocre, si peu reluisant. Vous imaginez traîner avec le fils d'un charpentier ! Ses potes ne sont-ils pas un peu lourdauds, aussi excités qu'ignorants ! L'arrogant, lui, sait déjà tout ce qu'il y a à savoir, il connaît déjà tous les VIP. Pas de temps à perdre à rejoindre ces pouilleux sans intérêt ni bonnes manières: "Pourquoi perdre mon temps à écouter une Église aux discours périmés, aux prédications tiédasses et insipides. Je sais mieux qu'elle, moi, ce qu'il faut dire et penser aujourd'hui pour être hype. Elle ignore tout de ce qu'est le monde, enfin je veux dire le vrai monde, le monde actuel.". "Pourquoi perdre son temps à prier Dieu un chapelet à la main et planté comme un gland devant un ostensoir ? Moi si je veux parler à Dieu, j'ai pas besoin des prières et des sacrements, j'ai une relation directe avec lui.". "Et puis je vais pas perdre mon temps avec des hommes aussi médiocres, des évêques à la langue de bois, des curés fatigués et fatigants, des clercs dépressifs, trop progro ou trop tradi, trop relâchés ou trop rigides, des assemblées aussi mêlées, où les fous côtoient les médiocres." Bref, l'arrogant ne voit pas pourquoi mettre les pieds à l'Église. Il n'a pas besoin d'elle pour réussir sa vie, présente et future. Il aurait beaucoup trop peur de s'y ennuyer. Et c'est devant son refus hautain, que le Seigneur est venu nous chercher, nous pauvres gars qui ne pouvions guère prétendre à autre chose, petit peuple un peu fou où il n'y a pas beaucoup de sages, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens bien nés.
Et le parvenu, la seconde caricature et ben c'est celui qui se croit arrivé. Celui-là, aussitôt accueilli par pure miséricorde, oublie qu'il n'était rien (un pouilleux), que tout lui est donné par grâce. Aussitôt entré, il se croit chez lui. Il prend ses aises, il sifflote, il met les pieds sur le canapé. Il est heureux d'être là, pour lui, pour son épanouissement, son confort, mais il se garde bien de chercher à écouter le Maître de maison, encore moins à faire ce qui Lui plaît. En bref, il se croit dispensé de revêtir la tenue de noce, ça va il est entré maintenant qu'on le lâche. Pourtant le serviteur, à l'entrée, il lui avait bien dit : "Vous donc, les élus de Dieu, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience, supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement. Et puis, par dessus tout, revêtez la charité, en laquelle se noue la perfection" (enfin c'est pas le serviteur c'est saint Paul mais c'est tout comme).

Non, frères et sœurs, il ne nous est pas demandé d'arriver avec notre propre vêtement de noce. Celui que nous pourrions apporter nous-mêmes il est trop moche, trop petit, trop vieux. Il s'agit, une fois entrés, de nous laisser revêtir de l'Homme nouveau, du Christ lui-même, de ses sentiments et de sa charité. Il s'agit de placer concrètement notre vie sous la loi du Christ, loi ferme et douce, exigeante et libératrice, la loi de L'Esprit qui répand la charité dans nos cœurs. Eh oui, il ne nous suffit pas d'être entrés, c'est-à-dire de croire, d'avoir la foi, en disant « Seigneur, Seigneur ». Il faut nous laisser transformer, décaper, dépouiller, habiller par la charité, c'est-à-dire apprendre à aimer, à aimer toujours davantage, et on ne peut aimer vraiment que si l'on est d'abord entré, que si l'on croit. Car il n'y a que la foi, la connaissance de Jésus qui nous découvre la vérité de l'amour, de cet amour qui se donne sur la croix, de cet amour que Dieu nous donne pour que nous le donnions en retour. Hors de la foi, point de salut. Mais on ne peut croire en vérité que si l'on aime. La foi, sans la charité, elle est morte, elle n'est que cymbale qui résonne, elle ne sert à rien. Voilà pourquoi le parvenu on le fout dehors.

C'est ainsi que nous pouvons mieux comprendre le sens de cette parole de Jésus : Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.
Jésus, ici, ne parle pas en censeur qui compte, qui calcule et additionne. Ni lui ni son Église ne se sont jamais amusés à ce petit jeu sinistre de comptabilité infernale. Jésus nous parle en pédagogue, en maître qui exhorte et avertit chacun d'entre nous avec gravité, il s'adresse à notre responsabilité, il nous parle comme à des hommes libres, des hommes debout : "As-tu revêtu le vêtement des
noces ?", pas pour nous effrayer par la hantise de griller en enfer, mais pour aviver en nous le sérieux de notre salut, le sérieux de la réponse que nous devons donner au Seigneur, aujourd'hui, pas en paroles mais en actes, en retour du don qu'il nous fait de sa charité.

Abbé d'Artigue

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