ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

A une époque, on reprochait aux catholiques d'être tout entier tournés vers le ciel, de penser qu'à une chose: leur salut et le royaume de Dieu, et du coup de se désintéresser du royaume de la Terre ici-bas, de vivre coupés du monde dans une espèce de rêve qui aurait aucune prise sur la réalité. Mais ce qui est étonnant c'est qu'à d'autres époques, moins lointaines, on nous a reproché aussi de ne nous intéresser qu'à l'engagement social, à la transformation de notre société et d'oublier de tourner nos regards vers le ciel.

Ainsi à chaque fois que l'Eglise intervient en matière de morale pour rappeler, par exemple, la grandeur de l'Amour et de la fidélité ou en matière économique pour rappeler que l'Homme est au cœur de tout projet ou en bioéthique pour rappeler la dignité de la personne humaine contre tout ce qui la défigure, c'est-à-dire ce qui fait notre vie quotidienne et ben on s'empresse de dire à l'Eglise que c'est pas son rôle. Vous savez, on semble lui dire "Ecoute curé, tu fais le catéchisme à nos gamins, tu nous apprends nos prières et surtout, surtout, tu restes dans tes églises, tu n'en sors pas !". En fait, quoi qu'on fasse, nous, catholiques, on nous le reproche. Et c'est pas nouveau: déjà saint Pierre, dans sa première lettre, nous avertissait...

Alors quel est le rôle des catholiques dans le monde (votre rôle), dans la société ?
Serait-ce de nous taire, de nous résigner, de nous enfermer dans nos églises comme dans l'ultime citadelle assiégée ou dans notre soi confortable et mortel ? Ou bien serait ce de nous jeter dans un activisme non confessionnel et le moins ostentatoire possible ?
Ni l'un, ni l'autre; il faut juste faire ce que nous dit l'Evangile: "La vie éternelle c'est qu'il te connaisse Toi, le vrai Dieu et Jésus Christ". Alors vous me direz, la vie éternelle, aujourd'hui, tout le monde s'en tape ! C'est vrai, ce qui nous intéresse aujourd'hui, c'est la vie ici-bas, la seule sur laquelle j'ai une prise (et c'est vrai). Mais il se trouve que la vie ici-bas et la vie éternelle, c'est une seule et même vie. Ce qui concerne notre vie quotidienne concerne immédiatement notre vie éternelle. Alors c'est dès maintenant qu'il faut connaître Jésus Christ parce que c'est lui qui nous indique le chemin et c'est aujourd'hui qu'il faut le faire connaître car c'est Lui qui est la réponse, la vraie réponse, au fond je crois la seule réponse à toutes les questions que nous nous posons. "Jésus Christ" c'est-à-dire une personne et non pas une morale ou un catéchisme. L'évangile nous dit bien que la vie c'est de le connaître, Jésus Christ.

Alors c'est vrai, quand on interroge un catholique dans les médias ou même quand vous êtes à table avec vos potes, en général le journaliste en face ou vos potes s'en fichent bien de savoir ce que vous pensez de Jésus Christ. C'est rare qu'ils vous interrogent sur Jésus Christ, ils vous interrogent sur des choses bien plus fondamentale, c'est-à-dire le mariage des prêtres, le préservatif, l'avortement...: aucun point absolument central de notre foi ! Et nous nous répondons, plus ou moins adroitement, en général très maladroitement. Non pas qu'il ne faille pas y répondre à ces questions, oui il faut y répondre, en leur temps. Mais il faut y répondre en les remettant à leur place, c'est-à-dire loin, très loin du cœur de notre foi et le cœur de notre foi c'est Jésus Christ, ni plus, ni moins. C'est pas étonnant que les gens ne soient pas attirés par nos réponses. Est ce que vous avez jamais vu quelqu'un se convertir parce que vous aviez répondu à ses objections ? Ce qu'ils veulent, ce que nous voulons, c'est une réponse qui aille au cœur et elle a un nom cette réponse, c'est Jésus Christ. Alors partout où nous sommes il faut faire connaître Jésus Christ mais avant de le faire connaître, il faut faire comme le première communauté chrétienne qui nous est décrite dans les actes des apôtres: "D'un seul cœur, ils participaient à la prière". Avant de faire connaître Jésus Christ, il faut le connaître. Avant de vouloir partager sa vie, il faut que nous vivions de sa vie, il faut que nous la recevions, que nous le laissions grandir en nous. C'est pour ça qu'on vient à la messe, c'est pas parce qu'on aime chanter, c'est pas parce qu'on aime le goût de l'hostie, c'est pas non plus parce que les gens sont accueillants ... il vaut mieux que le CCU chante bien, que l'hostie ne soit pas moisie, il vaut mieux que ta voisine devant soit souriante et que ton voisin accueillant, ça gâche rien. Mais si nous venons à la messe, c'est avant tout pour connaître Jésus Christ, pour le prier ensemble, pour nous nourrir de Lui. C'est Lui qui nous rassemble, c'est Lui qui se trouve au cœur de l'Eglise. Si nous venons ici ce soir, c'est parce que nous voulons le mettre au centre de nos vies.
Mais une fois que nous l'aurons mis au centre de nos vies, nous ne pouvons pas le garder pour nous, nous aurons à l'annoncer à ceux qui attendent, à ceux qui cherchent une réponse. Comme tu l'as entendu, cette réponse, c'est à toi de la leur donner parce que c'est toi qui est dans le monde, parce que c'est toi qui a reçu le Christ, parce que c'est pour toi que le Christ prie aujourd'hui. Alors oui tu auras une bonne raison d'aller à la messe tous les dimanches et même plus encore. Tous les dimanches tu viens puisais à la source et ensuite tu repars fort de la force du Christ, riche de sa richesse et tombera du même coup ce reproche qu'on faisait parfois aux chrétiens d'être tout tournés vers le ciel au détriment de la Terre.

Si nous nous tournons vers le ciel, si nous nous tournons vers le Christ, c'est pour mieux nous tourner vers nos frères ensuite, c'est pour mieux les aimer, pour mieux les servir, pour leur apporter la seule réponse qui satisfasse nos interrogations, le seule nourriture qui tienne vraiment au cœur: Jésus Christ.

Abbé d'Artigue

 

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