ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

La lumière du monde brille sur la montagne !... sur la montagne de Sotchi. Et c'est parti pour 15 jours de jeux olympiques après des dépenses d'équipement mégalomaniaques. Des foules pourront bientôt chanter à Mr Poutine : « Les jeux étaient formidables, ton pays a brillé, tu étais formidable ! ». Plutôt que la lumière, c'est le sel qu'il faudrait manier.

C'est ce que fait l'ACAT, Action des chrétiens pour l'Abolition de la Torture, qui, avec Amnesty International et beaucoup d'autres ONG, dénonce l'injustice. Que les pétitions et dénonciations soient comme du sel sur la plaie de la vanité de ce puissant !

A l'échelle de notre situation personnelle à chacun, le prophète Isaïe nous demandait le sens de la justice : « partage ton pain, recueille chez toi, ne te dérobe pas à ton semblable : ta lumière jaillira...et la gloire du Seigneur t'accompagnera. »
Pour ne pas classer trop vite cette lecture d'Isaïe sur la justice, laissez-moi vous raconter cette histoire juive.
Des gens viennent voir Rabbi Aquiba, qui est un rabbin très respecté : notre rabbin a le soleil au-dessus de lui quand il lit. Rabbi Aquiba va le voir :

"Est-ce quand tu lis le récit de la Genèse, avec la création du monde, est-ce alors que le soleil brille au-dessus de toi ?"
"Non, ce n'est pas quand je lis la Genèse."

Rabbi Aquiba :
"Est-ce quand tu lis le récit des Chars de Feu lorsqu'Elie rejoint le ciel ?"
"Non, ce n'est pas là."
"Mais alors quand ?"
"C'est quand je lis le Décalogue : tu ne tueras point. Et que je vois autour ceux qui sont tués par notre mépris et nos abandons. C'est alors le soleil brille au-dessus de ma tête."
Jésus aurait pu la raconter... Nous sommes plus près de Dieu quand nous réagissons selon nos convictions religieuses profondes et que nous secourons celui qui est dans le besoin.
Nous honorons alors notre état de prophète : être grain de sel ou rayon de lumière.
Sel ... lumière. Ces deux images de l'identité chrétienne ne vont pas naturellement ensemble. Moi-même par mon âge et ma situation, je suis témoin d'une tension dans la vie de l'Eglise en France que les deux images de cet Evangile peuvent peut-être dénouer.

Certains ont beaucoup valorisé cette image du sel. C'est toute une génération, celle qui m'a juste précédée, avec les prêtres-ouvriers, les chrétiens très présents dans toutes sortes d'associations, dans de belles figures d'hommes d'Etat. De nouvelles personnes aiment vivre ainsi leur foi.
Leur sel est discret. S'il est de bonne qualité, il donne goût à la vie des hommes. Ceux-ci s'aperçoivent alors qu'ils peuvent avoir bon goût et que leur vie peut avoir de la saveur. Le chrétien montre alors que « là où il y a de l'amour, il y a Dieu » même si l'on ne sait le nommer. Le chrétien qui œuvre de manière large en ajoutant à son propre bien le bien d'autrui est comme ce sel, invisible mais indispensable.

D'autres chrétiens sont plutôt lumière. Ils ont le souci d'attirer. Attirer vers leur Eglise, attirer vers Dieu. Ils sont prêts à participer à des manifestations où se déploie leur vision de l'homme et d'une société digne. Ils progressent dans la fécondité de leur manière d'être. Ils doivent déployer cette exigence désormais sur la variété des domaines de la foi.
Doit-on être ou l'un ou l'autre ? Vous-mêmes, êtes-vous plutôt sel ou plutôt lumière ?
Je remarque que Jésus n'a pas tranché. Il dit l'un et il dit l'autre : « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ». Sans doute qu'à la manière dont parle la Bible : il faut faire ceci et aussi cela, déployer l'un et l'autre.

Pour vivre tout ceci, je vous souligne une chance dans la période qui est la nôtre : la volonté de renouvellement de notre Eglise.
Mettre davantage de lumière dans l'intérieur de la maison Eglise va peut-être nous aider à vivre ces deux manières complémentaires d'être catholiques. En effet, d'heureuse manière, notre Eglise s'est mise à interroger le Peuple de Dieu : au mois de décembre-janvier, il y a eu une grande consultation sur la famille (je comprends bien qu'elle a pu échapper à nombre d'entre vous). Et il y a beaucoup de réponses (en Suisse, en Allemagne, en France) ! Demandant -comme vous pouvez imaginer- des changements, du renouveau... Sur quoi ? Sur les questions connues des divorcés-remariés, de la régulation des naissances... Bien des questions brouillent qui notre image à l'extérieur de la maison Eglise. Cela promet du mouvement à la rentrée quand l'assemblée des évêques du Synode va se réunir, un mouvement pour la vie. « Mettez la pagaille dans vos paroisses » avait demandé le pape François aux jeunes l'été dernier.

Père Samson

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