ÉTUDIANTS CATHOLIQUES À TOULOUSE

Et, de fait, c'est une bonne question : qu'êtes vous venu foutre dans cette église ce soir, alors que vous auriez certainement mieux à faire: vos cadeaux de Noël par exemple (ah non excusez-moi, on ne dit pas "Noël" on dit "fêtes de fins d'années": "Noël" c'est trop marqué).
Qu'allons nous contempler au désert ?

Qu'est-ce qui nous pousse irrésistiblement vers ce prophète hirsute et vociférant, ce "possédé qui, dit-on, ne mange ni ne boit" ou, pire encore, qui se gave de très suspectes sauterelles au miel sauvage ! Quelle obscure prémonition nous attire pourtant vers lui ? Quelle étrangeté nous pousse vers cette église ce soir ?
Sans doute, pressens tu que Jean-Baptiste a trouvé. Il a trouvé ce que nous cachons encore. Il a trouvé la clé. Dans le désert, Jean a trouvé le secret de la joie. Et c'est pour ça que comme des papillons fascinés par la lumière, nous allons vers cette "lampe qui brûle et qui luit et nous voulons nous réjouir une heure à sa lumière". Bien plus, nous voulons nous mettre à son école, car, sous son exotique panoplie de prophète, Jean-Baptiste cache un être de feu et de lumière : il est un maître, un maître pour tous les temps, un maître de la joie chrétienne.

Cette joie, c'est un sentiment qui naît en nous de la présence et de la possession de l'objet que nous aimons.
Quand ce que j'aime est encore absent, je le désire ; quand il est enfin présent, je m'en réjouis. La joie c'est donc le fruit le meilleur de l'amour. Il y aura donc autant de formes de joie qu'il y a de formes d'amour. Il y en aura de grandes et de petites, de bonnes et de moins bonnes. Et puis, il y aura la Joie avec un grand J, la vraie. Celle qui m'indique au plus intime de moi-même que je suis sur le bon chemin, que je vis le véritable amour, celui qui conduit au Bonheur. Car toute autre joie, si bonne soit-elle, est imparfaite. Toute autre joie, si intense soit-elle, est comme minée de l'intérieur par la conscience que j'ai qu'elle ne pourra pas durer. Toute autre joie est éphémère, alors que la vraie joie est celle dont Jésus nous affirme que personne ne peut nous l'enlever.
Elle ne passera jamais, tout simplement parce qu'elle est fondée sur un amour qui, lui non plus, ne passera jamais et cet amour, c'est la charité.

C'est la source de la joie du Baptiste : la charité, qui a pour premier effet de nous décentrer de nous-mêmes pour nous ouvrir à la vérité et nous centrer sur Dieu. Et, de fait, Jean-Baptiste est un être radicalement décentré ; un de ces rares prédicateurs qui, comme on dit, ne prêchent pas pour sa paroisse, c'est tout le contraire d'un séducteur. Et j'entends par "séducteur" celui qui attire et détourne vers lui un cœur qui ne lui appartient pas. Un adultère, en définitive. Jean- Baptiste, lui, sait que le cœur de l'Homme vient de Dieu et va vers Dieu, qu'il est fait pour Dieu et pour rien d'autre. Dieu seul en est l'Époux, parce que Dieu seul - et aucune créature - peut combler son désir d'infini. Voilà pourquoi Jean ne retient pas jalousement ses disciples lorsqu'ils partent à la suite de Jésus. Il les laisse partir, il s'efface. Il est l'ami de l'Époux, il n'est pas l'Époux. Et parce qu'il aime l'Époux et parce qu'il aime l'Épouse, son seul désir est de favoriser leur rencontre. Et cette rencontre entre chaque âme et son Dieu est toute sa joie et toute sa récompense. " L'ami de l'époux qui se tient là et qui l'entend est ravi de joie à la voix de l'époux. Telle est ma joie, et elle est complète ".

Joie complète, joie parfaite, mais aussi - ne nous y trompons pas - joie austère et exigeante. Il en va de la joie chrétienne comme de ces arbres majestueux qui s'élèvent d'autant plus haut et d'autant plus droit qu'ils ont été débarrassés de tous les rameaux inutiles, de tous les "gourmands" qui pompent et tarissent l'énergie vitale. Je veux dire ces joies trop mondaines, ces petites joies épuisantes qui dispersent le cœur du chrétien et brisent son élan vers Dieu. Jean, témoigne Jésus, n'est pas de "ceux qui se trouvent dans les demeures des rois". Non, c'est dans la solitude et dans la pénitence qu'il a lutté pour que tout en lui s'unifie autour de l'Unique nécessaire. C'est de haute lutte qu'il a mérité le don de la joie. "Le Royaume de Dieu souffre violence, dit Jésus, et ce sont les violents qui s'en emparent". Entendons : ceux qui n'hésitent pas à se faire violence.
C'est parce que Jean a renoncé aux feux de paille des joies trop faciles, qu'aujourd'hui, il se lève comme un feu, un immense feu de joie qui éclaire, réchauffe et réjouit les Hommes.

A la source de la joie du Baptiste, il y a donc la charité. Mais, à la source de la charité, il y a la foi. C'est la foi en effet, qui donne à la joie son objet en révélant la présence cachée et mystérieuse de Dieu dans nos vies. Au milieu de vous, en vous, se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas ". Jean est le prophète de la présence de Dieu, le prophète de l'Emmanuel. " Beaucoup de prophètes et de justes, dit Jésus, ont souhaité voir ce que vous voyez ", mais ce bonheur était réservé à Jean-Baptiste.
Les prophètes annonçaient le Christ à venir ; Jean, lui, pointe du doigt la source de toute joie, le Christ désormais présent.
Déjà, souvenez-vous, dans le sein d'Élisabeth, il avait révélé Jésus caché en Marie en tressaillant de joie. Aujourd'hui encore, sur les bords du Jourdain, il témoigne. Voici l'Agneau de Dieu " Voici l'Époux qui vient, allez à sa rencontre ".

Mais, là encore, cette joie est exigeante. Car, pour Jean comme pour nous, la foi est un combat, un combat de l'ombre. Et Dieu sait si la foi de Jean-Baptiste a été mise à rude épreuve. Il a cru, certes, de tout son cœur, mais il n'a pas toujours compris les chemins déroutants qu'empruntait le Messie. Au point qu'il s'interroge : " Es-tu celui qui doit venir ? Est-ce toi la source vive de ma joie ? "
Et Jésus lui répond : " Allez dire à Jean : Les aveugles voient et les boiteux marchent... N'aie pas peur, Jean, bon et fidèle serviteur. C'est bien moi en qui tu peux avoir foi, c'est bien moi, la source de ta joie. Entre à ton tour dans la salle des noces entre dans la joie de ton maître et ami. "

Abbé Simon d'Artigue

 

 

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